Allergie aux protéines de lait de vache
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L’apparition d'un trouble alimentaire associé à des signes d'urticaire ou d’eczéma chez le nourrisson peut être un signe d’allergie aux protéines de lait de vache. Cette allergie touche les enfants qui ne sont pas, ou ne sont plus nourris au lait maternel. Son diagnostic est difficile. Cet article va se focaliser sur ce phénomène. Nous allons d’abord voir la définition de cette allergie, ensuite nous allons parler du diagnostic pour finir avec les traitements.
L’allergie aux protéines de lait de vache, ou APLV, est la première forme d’allergie alimentaire que rencontre un enfant. Elle résulte des réactions inflammatoires au niveau de l’intestin et de la peau provoqués par les protéines contenues dans le lait de vache.
Dans la majorité des cas, l’APLV apparaît dès les premiers mois de vie d’un bébé. Si elle peut se soigner durant les premières années, certains cas peuvent se révéler graves, voire persistants. En fonction de la rapidité de la réaction, on peut distinguer deux différents types d’APLV.
L’APLV IgE-médiée qui indique un conflit entre les antigènes des protéines du lait de vache et des anticorps anti-laits (IgE). Cette forme d’APLV se manifeste de façon immédiate : les symptômes peuvent apparaître en seulement quelques minutes ou jusqu’à 2 heures après l’ingestion du lait de vache. Puis, ils durent entre 6 et 8 heures.
L’APLV non IgE-médiée qui désigne l’ensemble des réactions des cellules du système immunitaire, sans aucune intervention des anticorps IgE, contre les protéines du lait de vache. Cette forme d’APLV a une réaction retardée. Les manifestations peuvent apparaître quelques heures jusqu’à quelques jours après la consommation du lait. Elles sont aussi de type chronique.
L’APLV est différente de l’intolérance au sucre de lait appelé « lactose ». Cette intolérance indique un ensemble de réactions secondaires causé par une insuffisance de lactase (enzyme produite par la muqueuse de l’intestin grêle) qui est responsable de la digestion du lactose. L’intolérance au lactose traduit plutôt une insuffisance de digestion du lactose, et non une allergie. Il est donc important de bien distinguer ces deux phénomènes. De la même manière, mieux vaut ne pas appeler l’allergie aux protéines de lait de vache par « intolérance aux protéines du lait de vache ». Cela peut porter la confusion.
Ce type d’allergie ne concerne pas uniquement les protéines présentes dans le lait de vache. Les laits qui proviennent de la chèvre, de la brebis ou de la jument peuvent également en être responsables. Ceci s’explique par le fait qu’entre ces différents laits, il y a un risque d’allergie croisée dû à leur ressemblance. Par exemple, entre le lait de vache et le lait de chèvre, le taux d’homologie atteint les 80 %.
Tout comme la manifestation de l’APLV, la leur peut être immédiate ou retardée.
L’allergie aux protéines de lait de vache touche principalement :
les enfants qui ont des antécédents familiaux d’APLV ;
les âgés de plus de 3 semaines ;
les enfants âgés de moins de 3 ans.
Habituellement, elle atteint 1 bébé sur 40. Dans le cas où les parents présenteraient tous les deux un terrain allergique, le risque augmente et l’allergie peut toucher jusqu’à 1 bébé sur 5.
Les troubles commencent lors du passage au lait artificiel ou lors du sevrage. Qu’ils disparaissent au bout de quelques heures ou qu’ils soient chroniques, les signes peuvent être les mêmes. Ils peuvent également être très variés: cutanés, digestifs, respiratoires…
Signes généraux: anorexie, irritabilité constante, et parfois malaise.
Signes digestifs: vomissements, diarrhée, ballonnements, maux de ventre, coliques, reflux gastro-œsophagien, constipation, régurgitations persistantes…
Signes dermatologiques: urticaire, rash, eczéma, érythème, prurit (démangeaisons).
Signes pneumologiques: écoulement nasal, éternuements, rhinite, asthme, toux.
Signes ophtalmologiques: conjonctivite.
Signes ORL: angioœdème buccal et labial (gonflement des muqueuses).
Cette allergie entraîne une cassure de la courbe de poids/taille.
Il y a aussi un autre signe clinique qui est vérifié à l’aide d’un test de provocation labiale en pédiatrie. Ce test consiste à déposer une goutte de lait de vache sur un côté de la lèvre inférieure de l’enfant. Le pédiatre patiente quelques heures, et recherche ensuite la présence de signes d’inflammation sur la partie testée.
Les tableaux cliniques compliqués d’une APLV se présentent chez les nourrissons de moins de 3 mois. Il en est de même pour les situations suivantes :
diarrhée sévère ;
lésions de grattage pouvant s'infecter (impétiginisation);
rectorragies (émission de sang rouge non digéré par l’anus) pouvant traduire une colique hémorragique (inflammation du côlon).
Le diagnostic d’une APLV peut parfois se révéler difficile. C’est pour cette raison que plusieurs examens sont parfois nécessaires pour confirmer un cas d’APLV.
Il peut s’agir d’un examen sanguin ou d’un examen cutané.
L’examen sanguin à faire est le Trophatop. Il consiste à mettre en contact le sérum sanguin du patient avec un mélange d’allergènes alimentaire courants (dont lait de vache). Si le résultat est positif, il faut procéder à un RAST qui consiste en un dosage sanguin des IgE spécifiques anti-laits. Si le résultat est toujours positif, l’allergie peut être retenue.
Quant à l’examen cutané, il y a :
le prick test (examen de type 1) : il consiste à déposer de la substance sur la peau avec une aiguille courte. L’apparition de rougeur indique une allergie. De manière générale, ce test est pratiqué avec 6 substances chez le bébé : du lait de vache, du blanc d’œuf, du poisson, de la farine de blé, de l’arachide (cacahuète) et du soja. Le résultat est mesuré en millimètres et est comparé au témoin positif (fait avec de l’histamine et sans lait) et au témoin négatif (sans histamine et sans lait).
Le patch test (examen de type 4) : il est réservé aux manifestations retardées. Il consiste à placer une cupule en aluminium de 12 mm, dans laquelle il y a du lait, sur la peau pendant 48 heures. Le résultat s’obtient par la comparaison d’un témoin, 24 heures après le retrait.
Il est à noter qu’une qu'il faut obligatoirement une concordance entre les signes cliniques et biologiques pour affirmer une allergie. En effet, sans ces signes cliniques, la positivité de ces tests peut traduire simplement une sensibilisation aux PLV, et non forcément une APLV..
De même, la positivité d’un patch test seul ne suffit pas pour confirmer une APLV non IgE-médiée à cause de la fiabilité mal précisée du test.
Ce test est utile, seulement en cas de doute. Il consiste à faire ingérer des doses croissantes de la dose suspecte. C’est un test de seconde intention qui doit se faire en milieu hospitalier, car il expose à des risques de choc anaphylactique.
Ce test permet de confirmer un doute. Pour cela, il faut éliminer totalement toutes les sources possibles de PLV de l’alimentation pendant 4 semaines et constater le résultat.
Le médecin généraliste ou le pédiatre et sont en mesure de prendre correctement en charge de l’allergie aux protéines de lait de vache. En cas de besoin, un allergologue sera sollicité.
Il faut éviter la consommation directe de PLV par l’enfant ou à travers le lait maternel.
En cas d’allergie aux PLV, n’utilisez pas :
du lait de vache, même celui qui est présent dans les laits infantiles standards ;
des laitages (beurre, crème fraîche, fromages, yaourts, desserts lactés, petits-suisses, etc.) ;
des aliments industriels qui contiennent des protéines de lait comme les margarines, les biscottes, le pain de mie, le pain brioché, la mayonnaise, la sauce béchamel, la plupart des biscuits, certains petits pots, certaines farines animales, certaines purées instantanées… Choisissez uniquement les aliments avec la mention «sans lait » ;
de la viande de bœuf ou de veau, celle-ci est peut ne pas être tolérée (cas rares) ;
des médicaments susceptibles de contenir du lait ;
d’autres laits (brebis, jument, chèvre, ânesse) : en plus des risques d’allergie croisée avec le lait de vache, ces laits ne sont pas adaptés aux besoins nutritionnels des bébés ;
des laits dits hypoallergéniques (partiellement hydrolysés) qui sont indiqués chez les bébés à risque d’allergie.
En ce qui concerne les produits industriels, évitez tous ceux qui peuvent présenter sur leur emballage : lait (même sous forme de trace), protéines de lait, protéines lactées, petit lait, coagulum, lactoglobuline, lactoprotéine, lactis proteinum, protéine du lactosérum, caséinate, lactalbumine, sérum albumine, caséine, lactose, beurre, margarine, crème, fromage, yaourt, ou protéines animales dont l’origine n’est pas mentionnée.
Remplacer par :
un hydrolysat poussé des protéines de lait de vache. Allernova AR®, Althera®, Nutramigen LGG®, Nutriben APLV®, Prégestimil®, Pepticate® ; Ce dernier va aider à fragmenter les protéines à l’origine de l’allergie et les rendre méconnaissables par le système immunitaire ;
un hydrolysat poussé des protéines de riz ; un hydrolysat de protéines de riz : Modilac expert riz® 1er âge, 2e âge ou croissance, Modilac expert riz AR®, Novalac riz AR ou Novalac riz® pour les bébés entre 0 et 3 ans.
ou dans de rares cas, des préparations à base d’acides aminés (en l'absence d'autres option disponible) Amina®, Neocate Advance®, Neocate®, et Puramino®.
En revanche, évitez absolument :
les laits hypoallergéniques, car ils ne préviennent aucunement les allergies ;
les laits végétaux (à base de riz, de coco, d’amande, de châtaigne…), car ils ne conviennent pas à cette tranche d’âge et présentent des risques de graves carences nutritionnelles ;
les jus végétaux faits à base de protéines de soja (après l’âge de 6 mois) parce qu’ils renferment des phytoœstrogènes qui ne sont pas adaptés à l’alimentation des bébés.
Ensuite, réintroduire le lait de vache à l’âge de 12 à 18 mois. En cas d’échec, reporter la réintroduction de 6 mois. Faites attention aux produits de toilette qui renferment des protéines de lait.
Par ailleurs, si l’allergie est due aux produits laitiers consommés par la mère, qui passent dans le lait maternel, la mère doit arrêter de consommer des aliments à base de lait de vache pendant 2 à 3 semaines. Quand les symptômes d’APLV disparaissent, la mère peut élargir petit à petit son régime jusqu’à la dose maximale de PLV tolérée par son enfant.
A noter que l’allaitement maternel s’avère efficace dans la réduction de la fréquence des allergies alimentaires
Une APLV peut disparaître spontanément chez 80 % des nourrissons touchés vers l’âge de 1 à 2 ans, et 90 % avant l’âge de 6 ans. En cas de manifestations retardées, la guérison est plus facile. Par contre, les manifestations immédiates peuvent persister dans environ 20 % des cas.
L’évolution du traitement de l’APLV passe par une tolérance de l’enfant à des formes de lait très cuites comme des gâteaux cuits à 180 ° pendant 20 minutes. Puis, elle passe par une phase durant laquelle l’enfant commence à tolérer des formes de lait de moins en moins cuites. S’il est vrai que cette étape contribue à faciliter l’alimentation de l’enfant, le fait qu’elle puisse accélérer l’acquisition de la tolérance au lait reste encore incertain.
En cas d’asthme, de rhume des foins ou d’autres allergies alimentaires (protéines de blé, arachide, œufs…), les risques de complications allergiques sont plus élevés.
Pour de sévères manifestations, une trousse d’urgence devient nécessaire. Dans cette trousse d’urgence, il doit y avoir :
des antihistaminiques tels que de la Cétirizine (Zyrtec® gouttes) ou de la Desloratadine (Aérius® sirop) ;
un stylo auto-injecteur d’adrénaline pour les formes sévères : Anapen®, Epipen® ou d’autres spécialités en cas de ruptures de stock ;
des corticoïdes ;
de la Ventoline®.