alcoolisme
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À dose modérée, l’alcool est connu pour ses effets enivrant. Par contre, lorsque la prise de l’alcool est trop excessive ou prolongée, elle crée des comportements à risque. S'installe alors peu à peu une dépendance très handicapante pour la santé et la vie au quotidien. Définition, risques et traitement de l’alcoolisme, nous allons faire le point sur ce sujet dans cet article.
L’alcoolisme est une maladie chronique qui se traduit par l’addiction ainsi qu’à la consommation abusive, répétée et incontrôlable d’alcool.
L’alcool est toxique pour le système nerveux. Il peut se fixer sur les neurotransmetteurs (gabaergique) causant un dysfonctionnement des canaux ioniques dans le cerveau. Ces derniers jouent un rôle important dans l’excitabilité des cellules musculaires nerveuses. La perturbation de ce phénomène accentue les carences vitaminiques et dégrade les organes du corps, notamment les fonctions cardio-vasculaires.
L’alcoolisme touche beaucoup de personnes de toutes les catégories sociales. En France, le nombre d’alcoolodépendants s’élève à 1,5 million et près de 2,5 millions de sujets ont une consommation à risque. Cette situation concerne 14 % des hommes et 5 % des femmes. Malheureusement, seuls 8 % des patients qui nécessitent des soins consultent un professionnel.
Le premier indicateur de l’alcoolisme est l’addiction à l’alcool. Elle est marquée par les signaux suivants :
désir irrépressible de boire qui doit être assouvi à tout prix, et ce même au détriment de toute autre considération notamment la santé ;
envie de ressentir l’ivresse ;
tolérance forte à l’alcool.
On parle d’effet de dépendance et pour le soulager, le patient boit de plus en plus d’alcool. Une personne est alcoolique lorsque sa consommation quotidienne dépasse 30 g/j pour un homme et 20 g/j pour une femme. Pour estimer la quantité d’alcool introduite dans l’organisme, on utilise la formule suivante : degré en % x quantité bue en litre x 8. Pour vous servir de référence, notez qu’un verre bu au bar équivaut à 10 g d’alcool.
Dès que l’individu est en manque, il ressent les signes de sevrage : sueurs, tremblement, vertiges, anxiété, cauchemars, palpitations, nausées. Ces symptômes sont notamment présents au matin.
Les alcooliques ont également tendance à entretenir une mauvaise relation avec ses proches et ses entourages. Ils ressentent un mal-être physique (douleurs au foie, mal de tête…) et mental (dépression, anxiété…).
Le niveau d’alcoolisme peut être évalué à l’aide de divers types de formulaire comme Face, Audit-C, Cushman, CAGE, ASI…
Les signes cliniques de l’alcoolisme ne se voient que lors des complications aigües et chroniques d’une surconsommation.
L’euphorie : à ce stade, le sujet est très euphorique.
L’ivresse pathologique : l’euphorie s’accompagne d’une agressivité, de logorrhées (besoin morbide de parler sans arrêt), de dysarthrie (difficulté à articuler les mots), d’une difficulté à coordonner les mouvements, d’une hallucination… l’alcoolisme a une répercussion sur le travail ou les résultats scolaires.
Le coma éthylique : la personne ne répond pas aux stimulations externes, n’ouvre pas les yeux, ne réagit pas à la parole ou à la douleur.
En outre, il existe des catégories de sujet qui sont vulnérable à l’alcool plus que d’autres :
les femmes enceintes ;
les personnes âgées et jeunes ;
les patients souffrant d’insuffisances rénale et hépatique ;
les sujets qui consomment en grande quantité ;
les patients ayant des antécédents de sevrages ;
les patients présentant un syndrome dépressif ou des troubles psychiques...
Outre les complications de sevrage alcoolique, la consommation excessive d’alcool sur le long cours est responsable de nombreuses pathologies (voir annexe).
Le diagnostic de l’alcoolisme est fait à l’examen clinique. Il existe toutefois des examens biologiques afin d’évaluer les complications et les retentissements sur les organes.
NFS ou Numération de la formule sanguine : augmentation du volume globulaire moyen (VGM).
Bilan du foie : ASAT/ALAT supérieur à 1. Augmentation isolée des GGT (gamma-glutamyltranspeptidase).
CDT (Carboxy deficient tranferrin) élevé : il s’agit d’un marqueur de consommation chronique excessive d’alcool.
Se libérer de la dépendance à alcoolisme nécessite un projet thérapeutique adéquat et un accompagnement personnalisé. Pour ce faire, le malade peut se tourner vers
un pharmacien pour ses conseils et sa force de persuasion
un médecin généraliste : qui fera le bilan et prescrira les traitements ;
un alcoologue : le spécialiste de l’intoxication chronique à l’alcool ;
un service spécialisé de désintoxication : SATO...
un service hospitalier en cas de risque de symptômes compliqués
Les premières choses à faire pour alléger le syndrome de sevrage sont de se mettre dans un endroit calme et d’éviter les activités ou discussions stressantes. Il est aussi recommandé de compenser l’envie d’alcool par la consommation d’eau, de jus de fruit et d’aliments à volonté. Il faut manger même si on n’a pas faim.
En outre, pour se libérer l’esprit, il convient de faire des activités plaisantes (jeux, sport) ou d’écouter de la musique.
Un sevrage sévère est précédé par des signes révélateurs comme un trouble visuel et auditif, une hypersensibilité à la lumière, un prurit… dans ce cas, il faut déjà mettre en place un traitement à base de benzodiazépines.
Le syndrome de sevrage commence 6 à 12 heures après la dernière prise d’alcool. Les signes habituellement retrouvés sont des sueurs excessives, des nausées, de l’anxiété, une dépression, une anorexie, une insomnie, une agitation, des maux de tête, des tremblements, une altération de la conscience, une augmentation de fréquence du cœur… Là aussi les benzodiazépines sont recommandées.
Le délirium tremens est également une des complications du sevrage alcoolique. Il se manifeste dans les 48h. Il est caractérisé par les signes suivants : fièvre, épilepsie, état confusionnel (hallucinations, troubles de la mémoire, désorientation), tremblements généralisés, troubles de l'équilibre et de la coordination, dysarthrie, convulsions… En plus d’autres médicaments, les benzodiazépines seront également prescrites.
Les benzodiazépines à conseiller sont :
Diazépam : 5 à 20 mg par prise toutes les 2 à 4 heures.
Oxazépam : 15 à 30 mg par prise, 3 à 4 fois par jour.
Par contre, écartez les pratiques et les médicaments suivants :
l’hydratation intensive n’a pas d’effet démontré sur les complications et comporte des risques d’œdèmes.
Les bêtabloquants sont non efficaces et provoquent des hallucinations.
La clonidine est non efficace et peut entraîner des cauchemars et des hypotensions.
Les anticonvulsivants autres que la benzodiazépine sont à la fois inefficaces et trop risqués.
Les neuroleptiques ne sont pas efficaces et peuvent engendrer des convulsions.
le méprobamate a une balance bénéfices-risques négatif
Un bon accompagnement personnalisé est fondamental pour se défaire de la dépendance à l’alcool. De ce fait, les thérapies cognitives et comportementales comptent parmi les traitements de première intention. Mais il en existe pleins d'autres, il suffit de s'intéresser au sujet.
Pour éviter les rechutes, le patient peut prendre de l’acamprosate AOTAL : il augmente de 15 % le taux de succès du traitement.
Le naltrexone REVIA est aussi préconisé même si son utilité n’est pas clairement établie.
En deuxième choix, il y a :
le baclofène, toujours à doses modérées, il aide à contrôler un peu mieux la consommation d’alcool.
le disulfirame, il provoque des réactions désagréables en cas de consommation d’alcool.
En dernier recours, il y a le nalméfène. Ce dernier a cependant une faible efficacité et est associé à de nombreux effets indésirables.
Attention, évitez de prendre le baclofène à haute dose. Il peut induire un mort sous traitement. La dose idéale n’est pas encore bien définie. Les benzodiazépines sont aussi à écarter. Ils aident seulement au sevrage, mais ne permettent pas de maintenir l’abstinence et la sobriété.
Pour limiter le risque d’encéphalopathie de Gayet Wernicke, prendre de la thiamine (vitamine B1) 300 mg une fois par jour pendant plusieurs semaines permet de limiter ce risque. Vous reconnaîtrez cette maladie neurologique par des confusions, des troubles de la coordination des mouvements volontaires (syndrome cérébelleux), une paralysie des mouvements oculaires latéraux, un nystagmus.
L’encéphalopathie de Gayet Wernicke peut se compliquer du syndrome de Korsakoff : mêlant anosognosie, amnésie antérograde, et affabulation compensatrice.
Le magnésium, la vitamine B6 et l’acide nicotinique sont inutiles pour le traitement de l’alcoolisme. Ils n’ont pas de preuves d’efficacité tangibles.
La mortalité lors du sevrage peut atteindre les 15 % sans traitement adéquat, d’où l’intérêt de prescrire des benzodiazépines.
La surveillance doit être rapprochée dans les 48 premières heures du sevrage. Ce serait mieux si elle est effectuée par un infirmier ou un travailleur social. Les symptômes de sevrage sont favorables en une semaine environ.
Pour les patients qui ont de grandes difficultés à tolérer le syndrome du sevrage, il est recommandé de réduire progressivement la consommation d’alcool.
En ce qui concerne la prise de benzodiazépines, diminuez progressivement la dose pour ne pas tomber dans la dépendance, cette fois ci médicamenteuse.
Les symptômes dépressifs régressent en 4 semaines. En dehors de la crise, dépister les complications chroniques et les atteintes au niveau des organes : cf annexe.
Pour lutter contre l’alcoolisme, les campagnes anti-alcool restent une solution de premier choix. Elles informent des dangers potentiels liés à la dépendance alcoolique sur la santé et la qualité de vie. Répondre à des questionnaires s’avère aussi être utile pour évaluer le degré d’alcoolisme et de se faire prendre en charge par un professionnel. Il faut également savoir que la consommation d’alcool est parfois motivée par un niveau social précaire. Il faut dans ce cas essayer de se redresser par le biais de formations.
Annexe : complications liées à l'alcoolisme chronique
En neurologie : l’encéphalopathie de Gayet Wernicke, la maladie de Korsakoff, la myélinose centro Pontine, l’épilepsie, l’atrophie cérébelleuse, la démence neuro optique, l’encéphalopathie hépatique, l’accident vasculaire cérébral, la neuropathie périphérique.
En psychiatrie : dépression, suicide.
En hépatogastroentérologie : pancréatite aigüe, stéatose hépatique…
En pneumologie : pneumonie d’inhalation…
En cardiologie : hypertension artérielle, cardiomégalie…
En ORL : cancer des voies aérodigestives supérieures, hypertrophie des parotides…
En hématologie : anémie macrocytaire, thrombopénie, troubles de la coagulation.
En urologie : baisse de la libido, impuissance, gynécomastie, atrophie testiculaire, aménorrhées.
En dermatologie : rosacée, rhinophyma.
En rhumatologie : ostéonécrose aseptique de la tête fémorale, dupuytren.
En endocrinologie : diabète, dénutrition, hypoglycémie.
En Obstétrique : retard de croissance intra-utérin, malformation de naissance (syndrome d’alcoolisation fœtale).