BPCO
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Encore ignorée par de nombreuses personnes, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) est une maladie pulmonaire comportant un risque vital. Elle est principalement due à l’exposition à la fumée de tabac, mais de nombreux polluants atmosphériques et substances polluantes en milieu de travail représentent également des facteurs de risques importants. D’après l’OMS, la BPCO est actuellement responsable de nombreux décès notamment dans les pays en voies de développement. Découvrez tout ce qu’il y a à savoir sur cette maladie dans cet article.
La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) est une maladie respiratoire chronique. Elle est caractérisée par une inflammation grave des bronches entraînant des symptômes respiratoires chroniques et une obstruction permanente et progressive des voies aériennes.
Souvent, une bronchite chronique non obstructive précède la BPCO. L’asthme et la dilatation des bronches ne font pas partie de la BPCO, mais peuvent coexister avec elle.
Du point de vue anatomique, les voies respiratoires de l’organisme humain se divisent en deux parties :
Les voies respiratoires supérieures: le nez (les fosses nasales), le pharynx et le larynx.
Les voies respiratoires inférieures: la trachée, les bronches, les poumons, les bronchioles et les alvéoles pulmonaires. La BPCO s’attaque surtout à ces éléments.
L’obstruction du calibre des voies respiratoires est liée à une exposition prolongée à des irritants. Actuellement, le principal facteur de risque connu pour cette maladie est le tabac. De nombreux produits professionnels en sont également responsables.
Au cours de la BPCO, les parois des voies respiratoires s’épaississent suite à l’inflammation. Le poumon a du mal à se vider du fait du rétrécissement des bronchioles. Les alvéoles, les petits sacs où se font les échanges de gaz avec le sang, se distendent. Fragilisées, elles se rompent et fusionnent entre elles, on parle d’emphysème. Ce phénomène perturbe la diffusion de l’oxygène dans le sang ainsi que l’évacuation du gaz carbonique. Ainsi l’expiration devient difficile.
En général, la BPCO évolue de manière lente, c’est pourquoi on ne la détecte que lorsque les symptômes (essoufflements, toux, expectorations) sont chroniques. En France, c’est une des premières causes de mortalité après les maladies cardiovasculaires et les cancers.
D’après les statistiques, 3 millions de Français sont atteints de BPCO. Parmi eux, 9 % des hommes et 4 % des femmes ont plus de 65 ans.
Pendant plusieurs années, la BPCO ne montre aucun signe. Ensuite, lorsque les symptômes apparaissent enfin, la durée de leur manifestation est supérieure à 3 mois par an, et ce, sur une période de plus de 2 ans.
Tout commence par une dyspnée à l’effort, surtout à l’expiration. Puis, avec le temps, la maladie évolue et les difficultés respiratoires surviennent dès le moindre effort voire même au repos. D’autres symptômes s’installent également à savoir la toux accompagnée de crachat des poumons non sanglant, surtout le matin.
L'examen clinique de la BPCO fait par un médecin est relativement rapide :
mesure de la SpO2 (saturation du pouls en oxygène) ;
auscultation des poumons: ronchis, sibilants (sifflements), diminution du murmure vésiculaire.
Diverses complications peuvent être associées à la BPCO.
Exacerbation suite à une infection par un virus ou une bactérie
Elle se caractérise par des crachats, une augmentation de la difficulté respiratoire et une SpO2 inférieure à 90%.
Exacerbation par infection bactérienne
Les signes évocateurs sont : crachats purulents, augmentation de la difficulté respiratoire, SpO2 inférieure à 90% et CRP supérieure ou égale à 20.
Devant les signes suivants, il faut emmener le patient aux urgences le plus vite possible.
Dyspnée (essoufflement) de repos.
Fréquence respiratoire supérieure à 30 par minutes.
Tirage respiratoire (détresse respiratoire).
Confusion.
Cyanose : coloration bleutée ou noirâtre de la peau, des ongles, des lèvres, du contour des yeux.
SpO2 inférieure à 90 %.
Altération de l’état général.
Co-morbidités : présence d’autres maladies ou troubles affectant le métabolisme, les muscles, le système cardiaque, le système nerveux…
Pour compléter le diagnostic de la BPCO, le médecin peut réaliser des examens complémentaires.
a) Épreuve fonctionnelle respiratoire (en dehors d’une exacerbation)
Elle inclut deux types d’examens destinés à évaluer la capacité respiratoire du malade.
La spirométrie avec test de réversibilité: elle sert à l’estimation du VEMS (volume expiré maximum seconde) et de la capacité vitale (volume d’air mobilisé pendant la respiration).
La pléthysmographie: elle permet de mesurer le volume d’air résidant dans les poumons après une expiration maximale.
Chez un patient atteint de BPCO, les résultats des tests révèlent un syndrome obstructif.
Capacité vitale forcée (CVF): diminuée.
Volume expiratoire maximal par seconde (VEMS): diminué.
Tiffeneau (VEMS/CVF): diminué, inférieur à 70 % (syndrome obstructif).
Débit expiratoire moyen (DEM75, 50, 25): diminué, inférieur à 50 %.
Volume résiduel: augmenté.
Capacité pulmonaire totale (CPT): augmenté, plus de 120 %.
VR/CPT: augmenté.
Par rapport au résultat du VEMS, on peut connaître le degré de sévérité de la BPCO.
VEMS 100%: normal, pas de syndrome obstructif.
VEMS 80%: stade 1 ou obstruction légère.
VEMS 50%: stade 2 ou obstruction moyenne.
VEMS 30%: stade 3 ou obstruction sévère.
VEMS ≤ 30 %, PaO2˂60 mmHg, HTAP clinique (hypertension artérielle pulmonaire) : stade 4 ou obstruction très sévère.
Notez que l’obstruction des bronches est non ou peu réversible si après bronchodilatateur il n’y a pas d’augmentation de la VEMS d'au moins 200 ml ou de 12 %.
b) Radio du thorax voire scanner
Elle détecte les zones de poumons noirs causées par la destruction des alvéoles (emphysème). Elle montre aussi les signes d’une distension thoracique :
horizontalisation des côtes ;
plus de 7 espaces intercostaux ;
aplatissement du diaphragme.
c) Gaz du sang dans l’artère
C’est un examen qu’on appelle la gazométrie artérielle. Il permet de mesure le volume des gaz, oxygène et dioxyde de carbone contenu dans le sang artériel.
En cas de BPCO, on constate la diminution de l’oxygène dans les artères avec une PaO2 inférieure à 80 mmHg.
d) Test de marche 6 minutes
Il est utile pour évaluer le retentissement de la maladie sur l’état général du patient.
Les résultats d’examens suivants alertent tous des éventuelles complications qu’il faut prendre en charge rapidement :
augmentation du gaz carbonique dans les artères (PCO2 supérieur à 44 mmHg) : BPCO aggravé ;
allongement de l’arc inférieur gauche visible à la radio : hypertrophie ventriculaire droite ;
dilatation des hiles : hypertension artérielle pulmonaire ;
insuffisance respiratoire chronique (PaO2<60 mmHg comme vu précèdemment).
Il ne faut pas confondre la bronchopneumopathie chronique obstructive avec une autre maladie.
Un patient qui présente des symptômes suspects de BPCO doit consulter au plus vite un médecin généraliste. Il mènera l’examen clinique et si besoin, orientera ensuite vers un pneumologue.
Le pharmacien aura un rôle de prévention, de conseil et d'orientation.
Pour calmer l’exacerbation, les médicaments de première intention sont les bronchodilatateurs inhalés B2+ de courte durée d’action : le formotérol et le salmétérol. Ils sont à administrer à la demande avec un dosage de 2 à 4 bouffées. Le nombre de bouffées maximal autorisé par jour est de 12. Ces médicaments peuvent engendrer une accélération du rythme cardiaque et les tremblements.
Si besoin, il est possible d’utiliser une chambre d’inhalation (se vide en 3 à 5 cycles respiratoires).
En cas d’encombrement pulmonaire, la kinésithérapie respiratoire semble utile, mais ses bénéfices ne sont pas confirmés. C’est aussi le cas des corticoïdes par voie orale en courte durée. Ils sont à réserver aux hospitalisations et en deuxième intention.
Les traitements ci-dessous sont à écarter :
Corticoïdes par voie orale en traitement prolongé : n’améliorent pas la capacité à l’effort et ne réduisent pas le nombre d’exacerbations ;
Théophylline : efficacité incertaine et marges thérapeutiques étroites ;
Roflumilast (anti-inflammatoire) : pas d’efficacité au prix d’effets indésirables ;
Antitussifs tels que codéine, dextrométhorphane, pholcodine, oxomemazine : ne pas utiliser, car ils diminuent la toux alors qu’elle est utile.
L’antibiothérapie
La prise d’antibiotiques est recommandée si on suspecte une origine bactérienne de la BPCO. Les plus fréquemment utilisés sont :
l’amoxicilline: 1 g matin, midi et soir pendant 5 jours ;
l’azithromycine: 500 mg par jour en une prise pendant 3 jours.
Si échec des deux traitements à 48h, il convient de combiner l’amoxicilline avec de l’acide clavulanique.
Par contre, mieux vaut éviter l’antibioprophylaxie continue par azithromycine. Elle est efficace au prix d’une augmentation des résistances bactériennes et de mortalité cardiovasculaire.
Pour les femmes enceintes, l’idéal est de demander l’avis d’un médecin, car le traitement sera décidé au cas par cas.
Le traitement de fond ou traitement continu de la BPCO entre en jeu lorsque les gênes respiratoires ne s’atténuent pas malgré l’usage répétitif les bronchodilatateurs d’action rapide.
Dans ce cas, on passe aux bronchodilatateurs B2+ longue durée d’action, apparentés de l’adrénaline. Ils réduisent les exacerbations, mais accélèrent le rythme cardiaque et provoquent des tremblements. Leur administration se limite à deux fois par jour :
Formotérol: 12 yg matin et soir ;
Salmétérol: 50 yg matin et soir.
En alternative, il y a le Tiotropium. C’est un anticholinergique (atropinique) inhalé. La dose prescrite est de 18 yg en une prise et à une heure fixe. Il peut se prendre à la place du traitement précèdent.
Mais si besoin on peut associer les B2 longue durée et le tiotropium.
Les corticoïdes inhalés se situent en dernier recours. Les plus courants sont béclométasome ou budésonide. Ils sont à administrer matin et soir avec la dose de 200 yg. Rincer la bouche après leur inhalation.
Quant aux traitements suivants, leurs bénéfices sont incertains ce qui indique qu’il faut faire attention à leur utilisation.
Les médicaments combinés: ils empêchent de pouvoir maîtriser la posologie de chaque médicament individuellement.
Le Mucolytique: son efficacité est très limitée (évite une crise tous les ans), mais expose à des réactions allergiques.
La réadaptation physique est essentiel et doit se poursuivre ensuite au moins 4 semaines. Celle-ci réduit le risque d’hospitalisation et peut-être, de mortalité dans les 3 à 18 mois suivants.
L’objectif est de respirer efficacement. Pour augmenter les capacités respiratoires, il faut apprendre à respirer par l’abdomen. Cet apprentissage est plus facile à faire en position couchée. Voici ce qu'il faut faire.
Placer les mains de chaque côté du nombril, relaxer les muscles abdominaux puis inspirer profondément par le nez en gonflant le ventre. Il faut sentir les mains monter. Expirer par la bouche en maintenant les lèvres presque fermées.
Souffler des bougies. S'imaginer devant une bougie allumée. Inspirer profondément, fermer presque complètement les lèvres et s’entraîner à expirer autant d’air que possible.
Une éducation thérapeutique et un soutien nutritionnel composent aussi le traitement. Ils visent à augmenter la capacité à l’effort. Un accompagnement est indispensable.
La BPCO évolue sur de nombreuses années de façon variable. La mortalité est estimée dans les 3 ans chez 10 % des patients en stade modéré et 25 % des patients en stade très sévère. En présence d’insuffisance respiratoire chronique, le risque de mortalité s’élève à 70 % dans les 5 ans.
Pour prévenir la BPCO, il est essentiel de supprimer ou d’éloigner les agents responsables.
a) Évitez le tabac pour se prémunir de la BPCO
90 % des cas de BPCO sont liés à l’exposition au tabac. Sur le nombre de fumeurs actifs et anciens fumeurs, 20 % développeront une BPCO.
Afin de limiter les risques d’apparition de nouveaux cas de la maladie, il faut privilégier la prévention antitabac. Pour les fumeurs, il est conseillé de se faire accompagner.
b) Les substances irritantes en milieu professionnel
10 % des cas de BPCO proviennent de l’exposition professionnelle à des silice cristalline, vapeurs, gaz, poussière, fumée, substances chimiques, activité agricole… Il faut donc établir une prévention professionnelle face à la manipulation de ces éléments et au conditionnement des lieux de travail.
c) La pollution atmosphérique
Elle nécessite une prévention collective et individuelle.
d) Déficit sévère en alpha-1 antitrypsine
Il s’agit d’une maladie héréditaire induisant habituellement la formation d’emphysème pulmonaire chez un non-fumeur. Pour empêcher la survenue de la BPCO, il est indispensable de le dépister au plus tôt.
En association avec la BPCO, le syndrome d’apnée du sommeil entraîne la naissance du syndrome d’overlap (SOV). Ce dernier accroît les risques d’exacerbation respiratoire aigüe chez le patient ce qui est dangereusement mortel. Pour se prémunir de cette nouvelle maladie, le syndrome d’apnée du sommeil doit alors être dépisté et traité dès le début de la BPCO.
Enfin, pour éviter les complications chroniques de la BPCO, il faut apprendre à reconnaître les signes d’alertes et de prendre des mesures appropriées en conséquence.
Difficulté à respirer au repos, association avec un syndrome d’apnée du sommeil : insuffisance respiratoire chronique.
Hypertension artérielle pulmonaire, insuffisance cardiaque.
Surinfection par le virus de la grippe : faire un vaccin antigrippal.
Surinfection bactérienne : faire un vaccin antipneumococcique. Cela réduit le risque de pneumopathie et d’exacerbations sans réduire le risque d’hospitalisation. Il s’agit d’un vaccin de valence 13 et deux mois plus tard valence 23.
En France, demander à être reconnu en affection de longue durée (ADL).