Artérite des membres inférieurs
Fiche maladie Images Ordonnances
L’artériopathie oblitérante des membres inférieurs ou AOMI est un mot médical qui veut dire que les artères des jambes s’abîment de jour en jour. Douleur et limitation des mouvements quotidiens comme la marche en sont les symptômes principaux. En l’absence de traitement, elle peut aboutir à l'amputation. Dans cet article, vous saurez tout ce qui concerne l’AOMI : diagnostic, traitement et prévention.
L’artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI), anciennement appelé artérite des jambes, désigne une diminution du diamètre des artères des jambes.
Pour mieux la comprendre, décortiquons un à un ces termes :
Artériopathie signifie qu’il s’agit d’une affection des artères.
Oblitérante, puisque l’atteinte est due à une obstruction ou une diminution du diamètre de l’artère.
Le terme « membre inférieur » indique les jambes.
Rappelons que les artères sont les vaisseaux qui rapportent le sang oxygéné, du cœur vers les organes et les tissus du corps. Plusieurs artères assurent le ravitaillement et le bon fonctionnement des membres inférieurs.
L’AOMI se traduit par le rétrécissement ou l’obstruction d’une ou de plusieurs artères qui conduisent le sang aux jambes. Cela est lié à des plaques d’athérome (dépôts fibreux, graisseux au niveau de la paroi interne des artères).
Il existe des facteurs qui favorisent cette obstruction. Ce sont :
le tabagisme ;
le diabète ;
l’hypertension artérielle ;
l’hypercholestérolémie ;
et l’obésité dans une moindre mesure.
L'AOMI concerne environ 10 % de la population.
Elle est bien plus fréquente chez les personnes âgées avec une prédominance masculine.
L’AOMI est silencieuse très longtemps. Ce stade concerne les deux tiers des patients atteints par la maladie.
En fonction des symptômes ressentis, on peut définit 5 stades de la maladie :
Stade I : les symptômes ne sont pas encore présents puisque les muscles et les tissus reçoivent suffisamment d’oxygène.
Stade II a : une douleur musculaire ou des crampes surviennent au niveau des membres inférieurs lors de la marche et qui s’atténuent après 5 à 10 minutes de repos. On parle de claudication intermittente (action de boîter). Celle-ci se manifeste lorsque la personne marche ou parcourt plus de 150 m de marche (c’est la distance à partir duquel commence la claudication).
Stade II b : la distance de claudication apparaît pour une distance inférieure à 150 m de marche.
Stade III : une douleur apparaît lors de la station allongé, le plus souvent au niveau des mollets. La personne doit balancer ses pieds hors du lit pour soulager les douleurs.
Stade IV : il y a apparition de plaies, d’ulcères et de gangrènes au niveau des membres inférieurs. Ce sont des troubles de l'irrigation majeure. Ils peuvent conduire à une amputation.
A noter que des troubles sexuels, qui se manifestent par un trouble de l'érection peuvent aussi se remarquer à n’importe quel stade.
Le praticien mesure l’IPS (Index de Pression Systolique). Elle résulte du rapport entre la mesure de la pression systolique au niveau de la cheville, du mollet ou au pied avec celle mesurée au niveau du bras. Pour l’effectuer, le patient doit être allongé et ne doit pas avoir fumé dans les deux heures précédentes. En pratique, il faut se munir d’un brassard à tension et d’un doppler portatif. La mesure de l’IPS par la palpation des pouls n’est pas très fiable.
Comme résultats, on pourra avoir les valeurs suivantes :
IPS>0,90 avec abolition des pouls =stade I ;
IPS >0,75 =stade II a ;
IPS>0,40 =stade II b ;
IPS<0,40 =stade III.
Cependant, ce test n'est plus souvent réalisé.
On réalise plus souvent un examen qui concerne la recoloration cutanée. On appuie sur le pied et on regarde s'il se recolore en moins de 2 secondes. Ceci permet d’évaluer la vascularisation du membre touché et le stade de l’AOMI.
Stade I : normale.
Stade II a : diminuée.
Stade II b : très diminuée.
Stade III et IV : abolie.
D’autres signes cliniques peuvent aussi être observés :
À la palpation des pieds, la peau est froide au toucher.
À l’auscultation avec un stéthoscope, on retrouve un souffle artériel au niveau des artères iliaques, fémorales ou poplités.
Du point de vue neurologique, des signes seront mis en évidence :
Stade I : la motricité et la sensibilité sont normales.
Stade II a : la motricité est normale tandis que la sensibilité est diminuée au niveau des orteils.
Stade II b : la motricité est diminuée, le patient a mal.
Stade III : la motricité et la sensibilité sont abolis.
Stade IV : le patient n’a plus de motricité, mais est douleur eux.
L’absence d’anomalie n’élimine pas de diagnostic.
Les plus fréquentes des complications de l’AOMI sont les suivantes :
Ulcère artériel : il se manifeste par une douleur et une lésion cutanée. Il s'agit d'un ulcère à fond irrégulier, arrondis, unique et à bords abrupts. Au pire, ils peut être infecté. Sa localisation est classiquement éloignée des chevilles.
Syndrome de Leriche : il se traduit par l’abolition complète des carrefours aortiques. Il est caractérisé par une claudication intermittente bilatérale, une impuissance et l’abolition des deux pouls fémoraux.
Blue toe syndrome (syndrome de l’orteil bleu) : c’est une sorte d’ischémie digitale aiguë. Il se manifeste par une douleur qui se ressent au niveau d’un orteil, une coloration de ce dernier en bleu, de multiples taches rouges sang et une froideur de la peau au niveau de la plante du pied membre affecté.
Ischémie aigüe : elle est associée à un risque d’amputation et de mortalité à 25 %. Elle se manifeste par une apparition brutale de douleur intense au repos. Celle-ci est ressentie généralement entre les orteils, sur les pointes de ces derniers ou aussi sur la malléole externe. Elle sera aggravée par la surélévation du membre, mais peut être atténuée en pendant la jambe et en position debout. La peau au niveau de la jambe devient pâle et froide.
L’AOMI ne doit pas être confondu avec d’autres types de boiterie, comme :
la claudication d'origine neurologique: une douleur lors de la position debout, mais qui se calme en position assise ou allongée
la claudication veineuse : une douleur qui s’atténue par la surélévation du membre.
Les examens d’imagerie peuvent d’être d’une grande utilité pour confirmer le diagnostic de l’artérite.
L’échodoppler artériel des membres inférieurs : très utile pour faire le diagnostic en peu de temps. C'est le seul examen réellement indispensable ;
l’angioscanner (voire un angio IRM) des membres inférieurs : c'est un scanner avec une injection de produit de contraste. Cet examen est plus précis et qui peut servir au chirurgien avant d'opérer ;
l’artériographie : c'est une injection de produit de contraste couplé avec la radio (peu utile de nos jours).
Les professionnels de santé de ville sauront orienter et donner des conseils. Un médecin généraliste sera capable de faire le diagnostic, mais au besoin il demandera l'avis d'un angiologue (médecin vasculaire) ou d'un chirurgien vasculaire.
Pour une prise en charge spécifique et urgente (non détaillée ici), il vaut mieux se diriger vers les urgences.
Selon la gravité, la prise en charge peut se faire en ville ou à l’hôpital.
La douleur se soulage principalement par des médicaments anti douleur comme le paracétamol.
Dans les premiers stades de la maladie, il convient de suivre un programme d’entraînement à la marche. Par exemple, faire 30 minutes de marche rapide, 2 à 3 fois par semaine. Ou alors être accompagné par un coach sportif.
En cas d'échec, pour améliorer les capacités de marche, le chirurgien proposera la revascularisation. Cette intervention améliore les capacités de marche. Il est à noter qu’il n’y a pas d’indication à revasculariser dans le seul but de prévenir l’ischémie aigüe.
L’intervention se fait au choix de l’opérateur, soient :
une angioplastie, c'est à dire une réparation des artères avec ou sans pose de stent ;
ou un pontage, c'est à dire la création d'une déviation de l'artère bouchée.
Attention, certains médicaments ne sont pas recommandés (à proscrire car ils sont inefficaces) :
naftidrofuryl : c’est un vasodilatateur aux effets indésirables graves.
pentoxifylline : c’est aussi un vasodilatateur aux effets indésirables graves.
buflomédil : il a été retiré du marché à cause de ses effets secondaires.
cilostazol : il est aussi retiré du marché en raison de ses effets indésirables.
Ginkgo biloba en extrait : il n’apporte pas d’effets bénéfiques sur l’AOMI, mais plutôt des effets indésirables.
Acides gras oméga 3 polyinsaturés : ils n’apportent aucun effet positif alors que leurs effets indésirables sont bien présents.
Padma28 : il est sans effet bénéfique, mais engendre plutôt des effets indésirables.
L’artériopathie oblitérante des membres inférieurs évolue lentement chez 75 % des patients.
15% auront une aggravation ;
et 10% auront une ischémie critique.
Après la revascularisation, les récidives seront assez fréquentes (d'autant plus si le patient continue le tabagisme): cela concerne 3 à 36 % des patients.
Pour éviter les complications, il faut agir sur les facteurs de risques cardiovasculaires.
Le tabagisme
l’hypertension artérielle,
le diabète
l’hypercholestérolémie. Cette dernière peut se résoudre avec l’administration de pravastatine ou de simvastatine. La réduction du poids peut aussi contribuer à réduire le risque cardio vasculaire.
Prendre du clopidogrel ou de l’aspirine à faible dose est utile pour diminuer le risque que les artères ne se bouchent. Ce sont des médicaments anti thrombose ayant un effet modeste.
Enfin, il faut faire le bilan des autres artères (myocarde, cerveau…) car ils sont peut être dans le même état.
Souvenez-vous, mieux vaut prévenir que guérir.