La diarrhée aigüe est fréquente en pédiatrie. Elle est généralement appelée « gastro » par les parents. Pour vous aider à mieux comprendre le sujet, découvrez dans cet article tout ce qui concerne la diarrhée aigüe bénigne chez l’enfant ou le nourrisson : diagnostic et traitements.
La diarrhée correspond à une émission de selles plus liquides ou plus fréquentes qu’à l’ordinaire.
Elle est dite aigüe lorsqu’elle persiste moins de 2 semaines.
Elle est dite bénigne quand elle n’entraîne pas de complications.
Pour le moment, on parlera juste de diarrhées, pour faire simple.
La diarrhée est le plus souvent d’origine virale. En fait il existe d'autres causes de diarrhées non virales, mais le traitement sera globalement le même, donc il est inutile de s'y attarder pour le moment.
La diarrhée fréquente chez les enfants et les nourrissons.
En général, les signes d’apparition ne durent que quelques heures ou quelques jours et ne dépassent pas de 2 semaines.
Les symptômes de la diarrhée sont liés à l’émission de selle. Elle se manifeste par une augmentation de la fréquence d’évacuation de selles par jour, au moins 3 fois par 24 heures ou 2 selles par jour en plus de transits habituels.
Il y a également la modification brutale de la consistance des selles. Elles deviennent molles ou liquides. A noter que les selles peuvent avoir une odeur ou une couleur étrange sans que cela ne soit inquiétant (à part si on trouve du sang).
Il est utile de palper le ventre de l'enfant pour voir si son ventre est sensible mais reste souple. En cas de ventre dur comme du bois, ou de douleur intense, on suspectera une complication. Enfin, on regardera si l'enfant répond bien au questions posées, et n'est pas dans un état confus lié à une déshydratation. On tachera surtout d'éliminer les complications.
La déshydratation est la complication la plus courante de ce type de trouble digestif. En général, elle se manifeste par une perte de poids modérée ou grave, une diminution de la tension artérielle (tension basse), une diminution de la réactivité aux questions (ou réponses confuses) et une sensation de soif.
On peut mesurer le degré de la déshydratation en fonction de la perte de poids :
pas de perte de poids (0 %) : légère ;
perte de poids de 5 % : modérée ;
perte de poids de 10 % : grave ;
perte de poids de 15 % : choc.
La déshydratation est également suspectée devant les signes suivants :
absence de larmes ;
apparition de plis de la peau qui persistent particulièrement au niveau du torse et du bras ;
temps de recoloration de la peau supérieure à 2 secondes après une pression ;
teint malade ;
respiration anormale ;
yeux creux (orbite creusée) ;
sécheresse de la bouche (sous la langue et la lèvre) ;
pouls radial filant (très faible) ;
fréquence cardiaque supérieure à 150 battements par minute ;
diminution du volume des urines dans les couches.
Si le bébé présente 3 de ces signes (score de 3), la probabilité de déshydratation est multipliée par 5.
Pour le bébé qui a le score de 7, la probabilité de déshydratation est multipliée par 8.
En cas de déshydratation grave, les symptômes sont :
des marbrures sur la peau de l’enfant ou du nourrisson ;
une hypotension artérielle ;
des vomissements irrépressibles ou bilieux ;
une impossibilité de s’hydrater.
Un enfant ou un nourrisson qui subit un contexte de chaleur (coup de chaleur) a un fort risque d’être déshydraté.
Le risque de déshydratation est également élevé chez ceux qui ont des diarrhées de plus d’une semaine associée à une fréquence d’évacuation de selles (molles ou liquides) de plus de 6 par jour.
Si l'enfant n'est pas déshydraté, cela enlève une bonne partie du risque !
D'autres complications peuvent alerter, mais elles sont plus rares. Par exemple, au retour d’un pays en zone tropicale, l’enfant ou le nourrisson est susceptible d’avoir une diarrhée compliquée (origine bactérienne ou parasitaire).
Il existe certaines types de diarrhées non banales:
Le syndrome cholériforme: il correspond à une diarrhée très liquide et très abondante avec des selles qui n’ont pas de consistance. L'enfant se déshydrate très vite ; voir ici.
syndrome dysentérique: il se manifeste par une fatigue, une perte d’appétit, une perte de poids et un faux besoin. On remarque aussi la présence de sang ou de glaire dans les selles. L'enfant plaint également de douleur abdominale et de douleur anale ; voir ici
Le ventre intouchable alertera également vers une diarrhée compliquée. voir ici
Les examens ne sont utiles qu'en cas d’une diarrhée aigüe compliquée. Cela veut dire que dans la majorité des cas ils sont inutiles.
Examens complémentaires (si complications)
Une prise de sang
Un bilan sanguin permet de dépister la complication liée à la diarrhée aigüe. Il comprend :
la numération formule sanguine (NFS) pour voir si les globules blancs sont augmentés;
le dosage de la protéine C-réactive (CRP) qui est la protéine de l'inflammation ;
la natrémie est le reflet de l'hydratation du corps;
la créatininémie (la fonction rénale);
le dosage des transaminases : Aspartate aminotransférases (ASAT) et Alanine aminotransférase (ALAT) ; le dosage des phosphatases alcalines (PAL) ; le dosage des gamma-glutamyl (GGT) ; c'est le foie.
l’albuminémie et la protéinémie (c'est la nutrition du corps).
L’hémoculture est un examen d’option. C’est un examen biologique qui met en évidence la présence des bactéries dans le sang.
Examen des selles
La culture des selles (coproculture) est fréquemment prescrite par le médecin en cas de diarrhée aigüe compliquée. Elle a pour but de détecter les bactéries et les champignons responsables de la diarrhée.
L’examen parasitologique des selles quant à lui est un examen d’option, il doit être mené si la diarrhée est soupçonnée d’être d’origine parasitaire (lorsque l'enfant revient d'un pays où les parasites sont fréquents).
La prise en charge d’un enfant ou d’un nourrisson qui souffrent d’une diarrhée aigüe peut se faire par :
les parents qui sont bien informés
un professionnel de santé de ville qui donne des conseils et oriente si besoin ;
un médecin généraliste ou pédiatre qui s’occupe du diagnostic ;
une gastro-entérologue ou infectiologue qui donne des avis spécialisés (cette option est très rare).
En cas de déshydratation sévère (diarrhée compliquée) où la diarrhée n’est plus classifiée bénigne, le patient doit être transféré dans les urgences hospitalières pédiatriques.
Si l’enfant souffre d’une douleur, le recours au paracétamol est nécessaire.
La suite des traitements dépendent du degré de la déshydratation et de la perte de poids.
Si l’enfant perd 0 à 5 % de son poids
Il est essentiel de faire une réhydratation orale en augmentant les apports en liquide comme l’eau, la soupe, le bouillon, le jus dilué, le yaourt, le lait habituel (industriel ou maternel).
Si l’enfant vomit au moment de l’apport, il faut lui donner une petite quantité par dose, mais avec une fréquence plus élevée.
La réhydratation doit se prolonger tant que les selles molles persistent.
Si l’enfant perd 5 à 10 % de son poids (déshydratation modérée)
L’enfant a besoin d’être réhydraté par des solutions de réhydratation orale avec une dose de 20 ml/kg de son poids. Cette solution est composée d’un liquide qui contient du sucre et des minéraux en bonne quantité.
Elle est indispensable pour soigner les nourrissons de moins de 6 mois ou en cas des signes de déshydratation modérée ou sévère.
Le nourrisson refuse de boire la solution s’il n’est pas déshydraté, alors il est inutile d’insister. Mais, si l’enfant vomit en consommant la solution, il est nécessaire de diminuer la quantité de solutions, mais il faut lui en proposer le plus souvent possible.
Pour conserver la solution, mettez-la dans un réfrigérateur avec une durée pas plus d’une heure.
Ce traitement doit être prolongé tant que les selles ont une consistance molle.
Si l’enfant perd 10 à 15 % ou plus de son poids (déshydratation sévère)
Le traitement symptomatique de la déshydrations sévère est le même à celui de la déshydrations modérée. Cependant, si la prise par voie orale est impossible, la perfusion par les veines ou en sous-cutanée est recommandée.
À part les réhydratations proposées pour chaque degré de déshydratation, il faut également adapter l’alimentation de l’enfant. Il a besoin de manger des féculents, des viandes maigres, des yaourts, des fruits et des légumes puisque, ce sont les aliments les mieux tolérés. Si besoin, vous pouvez lui donner à manger en moins de quantité, mais plus souvent dans la journée.
La bouillie de riz est une alternative à la réhydratation. Elle est plus adaptée que l’eau de riz. Pour la fabriquer, vous avez besoin de 50 g de riz sec cuit dans une eau non salée. La préparation consiste à mixer le riz cuit avec 1 litre d’eau en ajoutant un quart de cuillerée à café de sel et un peu de jus de citron pour l’apport en potassium.
Le traitement des diarrhées par médicament type racécadotril présente des bénéfices incertains. C’est un médicament ralentisseur du transit aux effets modestes. Et il ne faut pas oublier que son utilisation ne doit pas se détacher de la réhydratation.
Le bénéfice des laits sans lactose n’a pas été démontré également.
Ne pas faire
Lors du traitement symptomatique lors d’une déshydratation modérée ou sévère, l’utilisation d’eau pure sans minéraux est interdite. Les sels minéraux assurent la rétention de l’eau là où il faut. Ainsi, en absence de sels, l’eau s’en va au mauvais endroit : « noyant » les cellules du cerveau.
La consommation de coca et de jus de pomme est à éviter également. Ces produits renferment des sucres qui attirent l’eau des cellules, ce qui aggrave la déshydratation.
Il existe quelques médicaments et traitements naturels qui sont en réalité de fausses bonnes idées aussi à écarter, à l’instar de :
les probiotiques à base de Saccarhomyces boulardii ou de Lactobacillus dont l’efficacité sur les pertes en eau n’a pas encore été démontrée. Cependant, elles incitent des risques allergiques et infectieux chez les personnes fragiles ;
le lopéramide qui est un médicament ralentisseur du transit non efficace pour prévenir les pertes en eau. Il explose en plus les enfants à des paralysies intestinales et à des somnolences qui gêne la réhydratation ;
la diosmectite et l’attapulgite sont des argiles naturelles qui peuvent rendre les selles plus consistantes, néanmoins, elles ne préviennent pas la déshydratation. Son utilisation est donc une fausse bonne idée. De plus, elles contiennent du plomb toxique pour le cerveau ;
les antiinflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont des médicaments conçus spécialement pour soulager la douleur, mais ils sont à écarter en cas de diarrhée puisqu’ils aggravent les défaillances de reins.
Aucun traitement curatif n’est efficace pour ralentir les pertes en eau.
Au contraire, il existe certains médicaments qui sont à écarter car ils peuvent faire pires que mieux.
Les antibiotiques: le traitement par les antibiotiques ne doit pas commencer sans le bilan des facteurs à l’origine de la maladie. Ceci est important pour savoir si la diarrhée est d’origine bactérienne ou non.
Le nifuroxazide: c’est un « anti-infectieux » intestinal dont l’efficacité n’a pas encore été démontrée. Il expose à des risques allergiques graves.
Il s’avère important de surveiller la déshydratation pour qu’elle n’entraîne pas de complications. La déshydratation peut survenir en quelques heures. Il est ainsi prudent de la surveiller.
L’évolution de la diarrhée est plus souvent de façon spontanée et favorable en 7 jours.
Après une infection par le rotavirus (virus digestif), 75 % des enfants acquièrent une immunité. Celle-ci agit contre les virus digestifs, ce qui diminue l’aggravation des épisodes ultérieurs.
Que ce soit à cause du rotavirus ou non, la diarrhée aigüe bénigne chez un enfant et un nourrisson est souvent d’origine virale, alors une prévention de la transmission d’un possible germe est importante.
Le risque de transmission peut être réduit en lavant les mains avec un savon ou en utilisant un gel hydroalcoolique. Le port de gants ne dispense pas du lavage des mains.
La désinfection de la surface de la maison, des poignées de porte et les toilettes est un bon geste de prévention.
Les vêtements et le linge de lit nécessitent un lavement à haute température pour en débarrasser du virus.
La préparation des repas ne doit pas être faite par les personnes malades. Il faut aussi bien laver les aliments avant de les utiliser, respecter la chaîne du froid lors de la conservation. Éviter de laisser les repas à température ambiante plus de 2 heures. Pour les nourrissons, il est préférable d’utiliser de bols plutôt que de biberons. Les biberons conservés au frigo durant plus de 48 heures ne peuvent plus être utilisés. Ils doivent être jetés.
Si le traitement prescrit n’a aucun effet sur la diarrhée, il faut donc chercher la cause exacte de la maladie ou envisager les diagnostics différentiels possibles.
Les causes de la diarrhée sont multiples chez un enfant. On les recherchera si la diarrhée continue au delà de 7 jours ou en cas de complications.
La Gastro entérite virale (par exemple rotarivurs), voire bactérienne est la cause la plus ordinaire de l’apparition de la diarrhée chez les nourrissons de 9 mois à 1 an. Elle peut se manifester par des vomissements et une fièvre.
La diarrhée peut être liée aux édulcorants en cas d’une consommation importante de boissons et confiseries sans sucre.
La fausse diarrhée à cause d’une constipation s’extériorise par des selles avec une caractéristique non moulée glaireuse et liquide. On sent également une masse au toucher rectal. Dans ce cas-là, il y a l’alternance d’une diarrhée et une constipation.
La diarrhée de l’otite moyenne aigüe qui se caractérise par une douleur d’oreilles associée au tympan rouge et bombé.
La diarrhée peut être due à une pneumonie (diarrhée de la pneumonie). L’enfant qui souffre de ce type de diarrhée a une respiration anormale et une toux. Au moment d’une auscultation, on entend un râle crépitant.
La toxi-infection alimentaire communautaire (TIAC) est une autre cause qui peut inciter une diarrhée. Elle est vérifiée si les personnes ayant mangé le même repas au même moment présentent les mêmes symptômes.
La diarrhée est parfois d’origine parasitaire (parasitose) quand les résultats d’examen montrent la présence des parasites dans les selles.
Les effets indésirables des médicaments dont les laxatifs, les antibiotiques, les antitumoraux, les anti-inflammatoires non stéroïdiens, les inhibiteurs de la pompe à proton, les antihistaminiques H2, le magnésium et le fer incitent quelquefois la survenue d’une diarrhée.