SADAM
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Le syndrome algo-dysfonctionnel de l’appareil manducateur (SADAM) est une pathologie très répandue, mais méconnue. Il correspond à un dysfonctionnement de l’articulation de la mâchoire située près de l'oreille. Le caractère complexe de ce syndrome peut être à l’origine d’une errance diagnostique et complique souvent la prise en charge. Dans cet article, vous allez découvrir l’essentiel de ce qu’il y a à savoir sur le SADAM.
Le syndrome algo-dysfonctionnel de l’appareil manducateur (SADAM), également appelé syndrome de Costen, est une pathologie liée à un dysfonctionnement de l’articulation temporo-mandibulaire (articulation entre l'os de la tempe et l'os de la mâchoire). Elle se traduit par des manifestations variables, principalement des douleurs localisées ou à distance de la mâchoire.
L’articulation temporo-mandibulaire (ATM) est l’articulation qui unit la mâchoire inférieure (mandibule) à l’os du crâne. Elles sont situées de chaque côté du visage, juste devant les oreilles. Elle permet l’ouverture et la fermeture de la bouche grâce à l’action des muscles masticateurs. Entre ces deux surfaces se trouve un disque articulaire. Il sépare la mandibule et l’os du crâne en empêchant qu’il y ait frottement entre ces deux surfaces pendant les mouvements de la mâchoire. Le disque absorbe l’énorme pression générée pendant la mastication et la distribue dans l’espace articulaire. Lorsque toutes les composantes de l’articulation temporo-mandibulaire fonctionnent en harmonie, cela permet de parler, de mastiquer, de bâiller…, en somme d’utiliser la mâchoire de façon appropriée.
S’il y a une pathologie, le disque articulaire peut se déplacer. Le ménisque peut alors se fissurer, et des craquements apparaissent.
S’il vient à se déchirer, la partie antérieure du ménisque se subluxe (se déplace) en avant, empêchant l’avancée du condyle et l’ouverture de la bouche.
De nombreux facteurs de risque peuvent prédisposer, déclencher, ou perpétuer ce syndrome.
Des troubles de l’articulé dentaire sont souvent retrouvés.
Une micromandibulie (40% de la population).
incisives vers l’extérieur
incisives vers l’intérieur, recouvrant totalement les dents du bas
Prognathisme (mandibule avancée)
dents non traités (une édenture molaire par exemple).
Un traumatisme ou des fractures de la face, du crâne ou des cervicales peuvent aussi être à l’origine de lésions de l’articulation. Parfois, un déplacement du disque articulaire est noté.
Ce syndrome peut aussi apparaître sans que le disque ne se déplace et peut être provoqué par une hypercontraction des muscles qui permettent de mastiquer (muscles de la mâchoire). Ces crispations peuvent se traduire par le bruxisme, c’est-à-dire par un grincement ou un serrement de dents, généralement pendant la nuit, parfois associée à l’usure des dents.
Le stress et l’anxiété peuvent aussi jouer un rôle important dans le déclenchement des symptômes.
Parmi les autres facteurs impliqués dans l’apparition de ce syndrome, on recense : les troubles de la posture : scoliose, torticolis ;
On estime qu’une personne sur 10 serait atteinte d’un syndrome de SADAM. N’importe qui peut être touché. Toutefois, il se rencontre plus souvent chez les femmes que les hommes, particulièrement entre 20 et 45 ans.
Les symptômes peuvent être très variables. Cela s’explique notamment par la localisation des articulations de la mâchoire (à l’avant des oreilles), dans une zone à la musculature complexe, richement innervée et irriguée, dont les tensions peuvent avoir des répercussions sur la relation entre la tête et la colonne vertébrale.
Les personnes victimes d’un SADAM sont souvent dans l’incapacité de situer précisément la zone d’où partent tous leurs maux.
Le patient ressent généralement une douleur ou une gêne ressentie lors de la fermeture ou l’ouverture de la bouche. Il peut s’agir par exemple de douleurs au niveau de l’oreille (otalgie), de douleurs buccales du palais ou des gencives. Des douleurs faciales (névralgies) peuvent aussi se manifester au niveau de la mâchoire, de la face, de la nuque ou de l’arrière du crâne. Les maux de têtes et migraines sont également courants.
La mobilité de la mâchoire peut être réduite (blocage), ce qui engendre des difficultés à la mastication. Les bruits articulaires, tels que des claquements ou sensations de « crack » à l’ouverture de la bouche ou lors de la mastication, des crépitements ou crissements sont caractéristiques.
Les manifestations du SADAM dans la sphère ORL sont également fréquentes. Elles peuvent prendre la forme de vertiges, d’acouphènes, ou de sensation d’oreille bouchée.
D’autres symptômes peuvent aussi survenir, comme des douleurs au niveau des cervicales, un mal de dos, ou un torticolis.
Lors de l’examen clinique, voici les signes observés par le praticien :
douleur à la palpation du conduit auditif, des muscles masticateurs et de l’articulation temporo-mandibulaire ;
perception d’un craquement à l’ouverture et la fermeture de la bouche ;
limitation de l’ouverture buccale à moins de 3 travers de doigt, avec un déplacement horizontal de la mandibule à partir de 1 travers de doigt, puis le reste de l’ouverture buccale se fait normalement.
Il faut alors saisir deux abaisse-langues que l’on superpose et interpose dans la région molaire des deux côtés au moment où le patient ferme la bouche. Il mord alors des deux côtés sur les abaisses langues, on lui demande de rouvrir la bouche et la déviation a généralement disparu.
La radiographie panoramique des maxillaires permet de vérifier si des pathologies dentaires et maxillo-faciales sont responsables des symptômes douloureux.
Dans certains cas, on demandera aussi un scanner de l’articulation temporo-mandibulaire (ATM), bouche fermée et ouverte, qui précise un diagnostic lésionnel osseux.
Le seul examen qui montre directement l’appareil discal est l’IRM (Imagerie par Résonance Magnétique), réalisée avec la bouche fermée et ouverte. Elle montre la structure et la position du disque articulaire et aussi l’état des surfaces articulaires. Elle est justifiée devant une symptomatologie atypique, un échec du traitement fonctionnel, avant d’envisager un traitement chirurgical.
Ces examens doivent notamment permettre d’éliminer d’autres causes possibles de douleurs, telles que des fractures, tumeurs ou névralgies.
Les méthodes thérapeutiques utilisables pour traiter les dysfonctions de l’appareil manducateur sont très variées. Ce traitement doit d’abord être symptomatique, avant la mise en route d’un traitement étiologique. Le traitement est pluridisciplinaire, faisant intervenir chirurgien maxillo-facial, ostéopathe, dentiste, l’orthodontiste, kinésithérapeute et psychologue.
Différents professionnels de santé peuvent aider le patient dans le cadre du traitement du SADAM.
Le pharmacien et les professionnels de santé paramédicaux orientent et conseillent sur la conduite à tenir face aux symptômes.
Le médecin généraliste intervient pour établir le diagnostic et coordonner les soins.
Et, pour finir le chirurgien maxillo facial, le dentiste et l’orthodontiste se chargent des avis spécialisés concernant le traitement.
Les médicaments antalgiques utiles sont le paracétamol, et les anti-inflammatoires comme l'ibuprofène et le naproxène.
Il est aussi possible de réaliser une infiltration à la xylocaïne 1 % autour des artères temporales superficielles. Cela permet un soulagement temporaire de la douleur (entre 24 h à 48h). Il est possible que cette infiltration soit répétée indéfiniment (généralement tous les 3 jours durant 3-5 semaines).
L’infiltration doit toujours se faire des deux côtés. C’est également un test thérapeutique. Pour la technique : dirigez l’aiguille vers le haut à 1 cm d’écart avec le tragus. Vérifiez ensuite par retour artériel que l’on n’injecte pas dans le vaisseau.
En alternative, le patient peut opter pour le tramadol et la codéine, voire la morphine.
Quant aux médicaments suivants, ils sont à écarter :
myorelaxants : ils n'ont pas fait la preuve de leur efficacité contre la douleur, et comportent trop de risques ;
Coxibs, acéclofénac, diclofénac, piroxicam : ce sont des anti-inflammatoires avec trop d’effets indésirables et pas plus efficaces pour autant ;
kétoprofène : par voie orale effets indésirables digestifs, par gel : surcroît d’effet indésirable par rapport aux autres AINS.
La correction des facteurs favorisants peut résoudre le problème
Cela consiste à :
une correction des troubles de l'articulé dentaire : remplacement des dents manquantes...
Un appareillage dentaire (orthèse) peut être prescrit par le chirurgien-dentiste ou le stomatologue. Le but est de corriger les anomalies de l’occlusion dentaire, de repositionner la mandibule et de soulager les tensions dans la mâchoire. ;
une prise en charge du stress ;
une correction de troubles éventuels du sommeil ou de la ventilation ;
un traitement de l’obstruction nasale, etc.
En cas de bruxisme chronique
Injecter de toxine botulique dans le muscle masséter, éventuellement dans le muscle temporal et ptérygoïdien médial.
Avoir recours à des plaques de surélévation semi-molles. Cela réduit les effets nuisibles des forces de serrement, engendrés par le bruxisme nocturne.
Les traitements dentaires invasifs ne sont envisagés qu’au cas par cas, pour répondre à des problèmes très spécifiques et après échec des autres techniques. De plus, la chirurgie ne semble pas apporter de résultats intéressants (douleurs postopératoires, fibrose… etc.). On la recommande surtout pour des fractures du condyle ou une hypercondylie (pathologie rare du cartilage condylien mandibulaire conduisant à une déformation faciale).
Pour des troubles persistants, le risque est la récidive après la chirurgie.
Enfin, sachez que l'on opère pas les simples luxations de ménisques radiologiques.
Il n'est pas non plus utile de meuler toutes les dents au prétexte d'améliorer l'occlusion.
Parfois, un accompagnement psychologique peut être nécessaire dans le cas où la pathologie a un fort retentissement.
Généralement, le SADAM a une évolution bénigne. Il n’y a pas d’évolution vers une arthrose ni vers une arthrite. Seuls 10 % des cas se compliquent avec des douleurs chroniques.