Cancer folliculaire de la thyroïde
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Le cancer de la thyroïde touche essentiellement les femmes de plus de 50 ans. Dans cet article, nous allons nous concentrer sur le cancer le plus fréquent. Diagnostic et traitement, vous allez tout savoir.
La thyroïde est la petite glande en forme de papillon qui se situe à la base du cou.
Elle sécrète diverses hormones appelées « hormones thyroïdiennes » qui contrôlent plusieurs fonctions vitales comme : le rythme cardiaque, la température du corps, la croissance osseuse, le transit intestinal…
On parle de cancer de la thyroïde lorsqu’il y a présence de cellules malignes dans la thyroïde. Ces dernières se multiplient de manière désordonnée, c’est-à-dire, en continu.
Il existe principalement 3 types de cancer de la thyroïde.
Cancer folliculaire: il concerne 90% des cas, dont 80% est la forme papillaire et 10% la forme vésiculaire. Il possède un bon pronostic. C’est le seul type de cancer qui est développé ici.
Cancer médullaire (alias cellule C): il est d’origine héréditaire et possède aussi un bon pronostic.
Anaplasique: il évolue rapidement et présente souvent un mauvais pronostic.
Le cancer folliculaire se développe à partir des cellules folliculaires de la thyroïde. Ces dernières ont pour rôle de produire la Thyroglobuline, le précurseur des hormones thyroïdiennes.
8600 nouveaux cas de cancer folliculaire de la thyroïde apparaissent chaque année, en France.
75% des malades sont des femmes. Et l’âge moyen du diagnostic se situe environ à 50 ans.
Les facteurs de risques pouvant être à l’origine du cancer la thyroïde sont:
les antécédents familiaux de cancer de thyroïde (un membre de la famille est atteint) ;
l’exposition à l’irradiation dans l’enfance: radiothérapies au niveau de la tête et du cou, rayonnements nucléaires… ;
la polypose colique (il y a une association statistique entre ces deux maladies).
Le cancer de la thyroïde n'atteint que très rarement l’état général du patient. Celui n'est pas fatigué ou ne perd pas de poids comme c'est le cas pour de nombreux cancers.
Dans la majorité des cas, on le découvre de manière fortuite lors d’un examen ou d’une intervention médicale qui implique le cou.
On le suspecte aussi à l’apparition d’une masse de découverte récente qui se trouve au niveau de la glande.
Pour poser le diagnostic du cancer de la thyroïde, on commence par un examen clinique de la thyroïde. Parfois on ne remarque rien. Parfois on peut constater une lésion nodulaire qui peut comprimer, à contours irréguliers. Mais ce n'est pas systématique. À la palpation, la masse est non mobile et possède une consistance pierreuse.
L'examen continue ensuite avec la palpation des ganglions.
Le cancer folliculaire de la thyroïde se complique lorsque les symptômes suivants se manifestent :
trouble de la voix ;
difficulté à déglutir des aliments et des liquides ;
gêne respiratoire
Ces signes indiquent une compression locale et donc on suspecte une tumeur de volume important.
Dès lors que l'on suspecte l’existence du cancer, on prescrit divers examens spécifiques pour confirmer le diagnostic.
Examens biologiques
Dosage de la TSH (thyréostimuline) . Cette hormone a pour rôle de contrôler l’activité de la glande thyroïde.
Mesure de la calcémie : en préopératoire pour éliminer une pathologie des glandes parathyroïdienne associée. Elles se trouvent de part et d'autres de la glande thyroïde.
Mesure de la calcitonine sérique : elle est systématiquement proposée en préopératoire. C'est une hormone produite par la thyroïde. Son dosage aide aussi à détecter la présence du cancer médullaire de thyroïde.
Il faut noter que le dosage de la thyroglobuline sérique est inutile pour le diagnostic.
Échographie thyroïdienne
L’échographie thyroïdienne est réalisée de façon systématique dans le cadre du diagnostic d’un cancer de la thyroïde. Elle permet de visualiser la structure et l’état de la thyroïde ainsi que l’aspect des ganglions qui se situent dans la région du cou.
En général, l’examen montre à l’image une lésion de couleur gris sombre, d'aspect tissulaire avec microcalcifications (apparaissant en blanc). Sa forme est nodulaire, de taille plus large que haut, et de contours flous. Les ganglions, eux, sont aussi gris sombre, avec une micro calcification, et de forme globuleuse.
L'échographie peut étudier les mouvements de sang avec le mode Doppler. On constate alors une vascularisation centrale.
Scintigraphie thyroïdienne
La scintigraphie thyroïdienne est utile en cas de TSH basse. La TSH est basse lorsque les hormones thyroïdiennes sont hautes. On recherche alors un nodule hyper fonctionnel (qui sécrète des hormones).
En ce qui concerne l’IRM et le scanner cervical, leur réalisation est à discuter.
Le TEP au FDG quant à lui n’est pas indiqué.
Cytoponction ou micro biopsie du nodule
La cytoponction ou la micro biopsie est indiquée en cas de nodule supérieur à 2 cm ou de nodule mesuré entre 0,7 et 2 cm, mais à risque.
L’examen permet de déterminer le type du cancer de la thyroïde.
Le résultat est positif si on découvre lors de l'examen :
un cancer folliculaire : cela concerne 90 % des cas (forme papillaire : 80 %, vésiculaire:10%) ;
un cancer médullaire (alias cellule C) : cette forme n’est pas traitée dans cet article ;
un cancer anaplasique : cette forme n’est pas traitée dans cet article.
Par contre, en cas de négativité, il convient de refaire l’examen. Et si le résultat est encore négatif, il faut mettre en place une surveillance régulière du nodule.
En outre, il faut savoir que la cytoponction ou la micro biopsie permet aussi d’identifier la nature bénigne ou maligne du nodule.
Les niveaux de risque de malignité des nodules sont classifiés comme suit :
très faible: tumeur de moins de 1 cm sans ganglion ni métastases.
Faible : les autres tumeurs.
Élevé: tumeur de stade 3 ou 4, ou présence de nodule ou de métastases ou tumeur agressive.
Plusieurs professionnels de santé peuvent contribuer à la prise en charge du cancer folliculaire de la thyroïde.
Les professionnels de santé de ville, pharmaciens: orientent et conseillent.
Le médecin généraliste: dépiste le cancer et suit le dossier.
L'endocrinologue: donne un avis spécialisé médical.
Le chirurgien ORL: donne un avis spécialisé chirurgical.
La réunion de concertation pluridisciplinaire: se sont des professionnels qui se réunissent pour décider du traitement personnalisé.
Comme le cancer folliculaire de la thyroïde peut provoquer des symptômes variés, les traitements symptomatiques sont alors prescrits au cas par cas.
Le traitement de première intention du cancer folliculaire de la thyroïde est la chirurgie.
Diverses techniques sont proposées.
La thyroïdectomie totale est l’intervention de choix. Dans le cas où la chirurgie ne porte que sur un lobe, l’analyse de la pièce opératoire dira s’il faut retirer l’autre lobe ou non. Par ailleurs, l’hypothyroïdie induite par la chirurgie doit être compensée par un traitement substitutif : lévothyroxine à 1,5 -2 microg/kg/j.
Le curage ganglionnaire cervical ou central est nécessaire en cas de présence de ganglions malins avérés. Il consiste à retirer les ganglions lymphatiques du cou. L’indication des curages à visée préventive est toutefois controversée.
L’exérèse de métastases. Son application est à décider au cas par cas.
En deuxième intention, si le cancer est à risque modéré ou élevé, l'équipe soignante peut ordonner une radiothérapie interne vectorisée par l’iode-131 (irathérapie). Le traitement permet notamment de :
détruire le tissu thyroïdien sain afin de faciliter la surveillance par le dosage de la thyroglobuline sérique ;
traiter d’éventuels foyers tumoraux post opératoire.
Une scintigraphie post thérapeutique réalisée 2 à 8 jours après traitement par l'iode 131 permet de visualiser les reliquats thyroïdien et foyers tumoraux restants
En troisième ligne, il y a la radiothérapie externe du cou et du thorax. Son emploi est à discuter devant des reliquats thyroïdiens inextirpables.
En dernier recours se trouve la chimiothérapie. Elle est discutée dans les formes réfractaires au traitement conventionnel.
Pour lutter contre les complications, il faut prendre des précautions spécifiques devant certains symptômes jugés à risque.
Par exemple, en cas de troubles de la voix, de déglutition ou de respiration, il faut effectuer un examen ORL post chirurgie. Il est nécessaire de faire un dépistage de la paralysie du nerf de la voix (nerf récurrentiel), bien que cette pathologie soit rare.
En outre, si le bilan de phosphate ou de calcium est anormal après dépistage systématique post opératoire, l’hypoparathyroïdie est à suspecter car on craint que les glandes parathyroidiennes qui sont placées de chaque coté de la glande thyroïdes soient abîmées.
De manière générale, on va être vigilant devant les effets secondaires des traitements.
Afin de mieux suivre l’évolution du cancer folliculaire de la thyroïde, il convient donc de mettre en place plusieurs mesures telles que:
un bilan à 3 mois où on revérifiera les taux de TSH, thyroglobuline, anticorps anti TG, T3 libres, qui doivent être normaux ;
un bilan à 6mois : pareil que le bilan à 3 mois, mais avec une échographie thyroïdienne. Tous les résultats doivent aussi être normaux ;
puis les bilans suivants seront effectués en fonction de l’avis de l'endocrinologue.
En ce qui concerne le lévothyrox (l'hormone thyroidienne de synthèse qui remplace les hormones naturelles), son dosage sera plus ou moins en fonction du niveau de risque. Le principe est que plus il est fort, plus la thyroïde est freinée (elle ne travaille plus). Le dosage doit s’adapter aux résultats de TSH après au moins 5 semaines de prise à posologie constante :
Risque élevé : TSH<0,1 mUI/L, très freinatrice.
Risque modéré : TSH 0,1-0,5 mUI/L, freinatrice.
Risque faible : TSH 0,3-2,0 mUI/L, substitutive.
Le pronostic de survie des patients qui souffrent de cancer de la thyroïde est bon car 5 ans après 94 % des personnes survivent, tous stades et tous types histologiques confondus.