Thrombose veineuse profonde
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Régulièrement exposés à la formation de varices et à l’insuffisance veineuse, les membres inférieur sont les plus souvent touchés par la thrombose veineuse profonde (TVP). C’est une maladie vasculaire douloureuse et invalidante surtout quand la prise en charge est retardée. Dans ses formes les plus graves, elle peut même engendrer une phlébite bleue ou une embolie pulmonaire. Pour mieux comprendre la TVP d’un membre inférieur, nous allons vous expliquer dans cet article ses symptômes, ses complications, son diagnostic, ses traitements et sa prévention.
Une thrombose est un caillot de sang. Lorsqu'elle se forme dans une veine, on peut distinguer deux catégories :
la thrombose veineuse superficielle: elle touche uniquement les veines de surface. On parle également de « phlébite » ;
la thrombose veineuse profonde: elle atteint les veines profondes de gros calibre.
Si la thrombose veineuse est située en dessous du genou, au niveau du mollet, on la qualifie de thrombose veineuse profonde distale.
Si l’atteinte est limitée au-dessus du genou, il s’agit de thrombose veineuse profonde proximale. Elle est plus dangereuse, car comporte plus de risque de déclencher une embolie pulmonaire.
Les autres localisations sont rares, on ne les retrouve que chez 10 % des cas.
Une thrombose veineuse profonde s’installe lorsqu’un caillot de sang obstrue une veine.
Ce phénomène survient en particulier en cas :
de stase sanguine ;
de maladie inflammatoire chronique ou d’intervention chirurgicale récente (abîmant les parois des vaisseaux sanguins),
de trouble de la coagulation sanguine ou de cancer (augmente la tendance du sang à coaguler et à former un caillot).
Dans 20 % des cas, la thrombose veineuse profonde est associée à une embolie pulmonaire.
Les adultes de plus de 50 ans sont les plus affectés par la thrombose veineuse profonde. En France, l’incidence de la maladie est évaluée à 5 pour 1000 habitants.
Chez près de la moitié des patients, la thrombose veineuse profonde d’un membre inférieur ne provoque pas de symptômes.
Cependant, en cas de manifestation, les signes caractéristiques sont :
la fièvre (occasionnelle) ;
une douleur, voire une crampe de la jambe ou du mollet, unilatérale, irradiant sur un trajet veineux ;
parfois des sensations de fourmillements.
Dans la recherche du diagnostic de la thrombose veineuse profonde d’un membre inférieur, l’examen clinique montre souvent les signes suivants:
température normale ou modérément élevée (38 °C) ;
fréquence cardiaque augmentée ;
à l’inspection: rougeur luisante de membre inférieur ou mollet, peau bleue, œdème de plus de 3 cm par rapport à l’autre mollet ;
douleur à la palpation et lorsqu’on enfonce le doigt dans l’œdème il n’y a pas de marque ;
perception de chaleur ;
perception de cordon dur douloureux ;
vive douleur lorsque le patient relève le bout du pied vers le genou (signe dit de Homans).
Les complications
Les complications fréquentes de la thrombose veineuse profonde d’un membre inférieur sont les suivantes :
phlébite de la veine fémorale: cuisse œdématiée et rouge ;
phlegmatia alba dolens: forme de phlébite de la veine fémorale caractérisée par une cuisse livide et très douloureuse. Elle se produit parfois après un accouchement ;
phlébite bleue: souffrance grave du mollet marquée par une jambe bleue avec ecchymoses sur la peau, œdème important et jambe froide ;
embolie pulmonaire: c'est la migration du caillot vers le cœur et les poumons, provoquant des difficultés à respirer, douleur dans la poitrine, toux, hémoptysie.
Ne pas confondre
Il est important de savoir distinguer la thrombose veineuse profonde du membre inférieur des autres maladies comme : l’érysipèle, le lymphœdème, le kyste poplité rompu et l’œdème d’un membre inférieur d’une autre origine.
Pour bien confirmer le diagnostic de la thrombose veineuse profonde, différentes techniques spéciales peuvent être utilisées.
Le score de Wells
Il estima la probabilité de thrombose en rassemblant plusieurs critères.
Cancer actif (en cours de traitement curatif ou palliatif ou découvert depuis moins de 6 mois) : 1 point.
Paralysie, parésie ou immobilisation du membre suspect : 1 point.
Alitement récent (supérieur à 3 jours) ou chirurgie majeure datant de moins de 3 mois : 1 point.
Tension douloureuse localisée : 1 point.
Œdème global de tout le membre : 1 point.
Circonférence du mollet augmentée de 3 cm par rapport au membre controlatéral : 1 point.
Œdème prenant le godet : 1 point.
Circulation veineuse collatérale : 1 point.
Antécédent de thrombose veineuse : 1 point.
Autre diagnostic au moins aussi probable que la TVP : – 2 points.
En additionnant les scores de chaque critère présent chez le patient, il existe 3 types de résultats possibles :
score de -2 à 0 : probabilité faible ;
score 1 et 2 : probabilité incertaine ;
score 3 ou + : probabilité forte.
Le score de PERC
Il est employé lorsqu’on veut exclure l’embolie pulmonaire du diagnostic.
Les critères mis en jeu sont :
âge inférieur à 50 ans ;
fréquence cardiaque inférieure à 100 par minutes ;
absence d’hémoptysie ;
absence de traitement par œstrogène ;
absence d’antécédents de thrombose veineuse profonde ou d’embolie pulmonaire ;
absence d’œdème des membres inférieurs ;
absence de traumatisme ou de chirurgie récente ;
saturation artérielle en oxygène supérieure ou égale à 95 %.
Le résultat est négatif pour l’embolie pulmonaire si le patient remplit toutes les conditions énoncées ci-dessus.
Pour certifier le diagnostic de la TVP, des examens complémentaires s’ajoutent à l’examen clinique.
1) Biologie veineuse
Elle consiste à doser les Ddimères dans le sang. Ce sont des substances provenant de la formation d’un caillot. Leur taux normal est de 500 microgrammes par litre.
Le dosage n'est utile qu'en cas de probabilité faible d'une phlébite, pour l'éliminer complètement.
Le test est positif si les Ddimères sont supérieurs à la normale. Cela renforce la probabilité d’une phlébite sans l’affirmer complètement. Il faudra encore faire un écho Doppler pour confirmer le diagnostic de la thrombose veineuse profonde.
2) Échographie Doppler des jambes
Elle permet de visualiser l’obstruction dans les veines et donc de faire le diagnostic.
Les signes devant faire évoquer un autre diagnostic
Les Ddimères positifs peuvent également se révéler chez d’autres pathologies telles que :
période post opératoire ;
traumatisme ;
infarctus du myocarde ;
infection sévère ;
cancer, insuffisance cardiaque ;
affection hépatique ;
grossesse ;
vieillissement: âge supérieur à 60 ans.
Pour diagnostiquer, traiter et contrôler une TVP du membre inférieur, il est possible de consulter un médecin généraliste. Il adressera si besoin vers un confrère médecin vasculaire ou vers les urgences. Le pharmacien conseillera le patient et orientera.
Une contention élastique par chaussettes, bas cuisses ou collants de classe 3 semble diminuer les symptômes. Pour ce faire, il faut les enfiler dès le matin au lever.
Par contre, il est contre-indiqué de masser la zone douloureuse. Cette pratique peut détacher le caillot.
Pour traiter la thrombose veineuse profonde, il existe des médicaments anticoagulants dont le rôle est d'éviter la formation de nouveau caillot, en attendant que l'ancien se dissolve. Leur choix dépende de la localisation du caillot et du profil du patient.
Pour les femmes enceintes, l’anticoagulant par voie orale est contre-indiqué. Pour celles en période d’allaitement, il n’existe pas de précaution particulière.
L’héparine de bas poids moléculaire (HBPM)
C’est l’anticoagulant de premier choix qui est administré en piqûre. Les types connus sont : enoxaparine, daltéparine, nadroparine.
L’injection de l’héparine est douloureuse :
mettre du froid ou du glaçon à la surface de la peau à piquer pendant 2-3 minutes avant l’injection ;
laisser un peu d’air dans la seringue ;
administrer le produit dans les parties latérales de la paroi abdominale, à plus de 5 cm de l’ombilic ;
piquer perpendiculairement à la peau dans un pli cutané ;
ne pas aspirer avant l’injection ;
introduire lentement le médicament pendant au moins 30 secondes ;
ne pas masser la zone après injection.
Le danaparoïde ORGARAN
Il s’agit d’un anticoagulant inhibiteur indirect de la thrombine. Il convient aux personnes déjà victimes de thrombopénies induites par l’héparine.
La warfarine
C’est une antivitamine K qui produit une action anticoagulante stabilisée au bout de 2 à 4 jours.
Pour ce traitement, ajoutez l’HBPM pendant les premiers jours car l'effet anticoagulant met 2 jours à arriver. En outre, débutez avec la dose de 5 mg durant les 3 premiers jours de traitement et dosez l’action anticoagulante (INR ou International Normalized Ratio) 12 h après la 3e prise. L’INR cible se situe entre 2 et 3.
Si vous voulez augmenter la dose de la warfarine, il faut le faire progressivement par paliers de 1 mg. L’héparine doit être arrêtée dès que l’INR atteint la valeur visée lors de 2 dosages consécutifs.
Certaines pratiques sont à éviter comme débuter la fluindione à la place de la warfarine en traitement antivitamine K. Celle-ci est suspectée d’entraîner de nombreux effets indésirables. Chez les patients déjà traités par fluindione, son remplacement par warfarine est à étudier minutieusement au cas par cas.
L’apixaban
C’est un anticoagulant oral direct récent, à anti facteur Xa. La posologie habituelle est de 10 mg deux fois par jour durant 7 jours, suivie de 5 mg deux fois par jour. Il semble prudent d’effectuer une injection d’héparine avant de commencer le traitement par apixaban.
On ne dispose pas de test de routine pour doser l’effet anticoagulant. Qui plus est, l’antidote andexanet alpfa, n’est pas facile à trouver.
L’héparine non fractionnée (HNF)
HNF est le plus ancien des anticoagulants injectables. Il est idéalement préconisé pour les cas d’insuffisance rénale sévère. Il faut l’ajuster au TCA (temps de céphaline activée).
À cause de leurs effets anticoagulants moins éprouvés, certains médicaments sont à prendre avec beaucoup de précautions. On parle notamment de :
Fondaparinux ;
Dabigatran : inhibiteur direct de la thrombine ;
apixaban, édoxaban, rivaroxaban, anti Xa.
En cas de thrombose d’une veine profonde limitée au mollet, la surveillance peut être uniquement clinique sans traitement anticoagulant. Elle est juste accompagnée de contrôle échographique une à deux semaines après sa mise en évidence.
Pour les utilisateurs de HNF et HBPM, le dosage des plaquettes avant le traitement et 2 fois par semaines pendant 2 semaines est indispensable. En cas de risque accru de thrombopénie induite par l’héparine, préférez poursuivre la surveillance 2 fois par semaine pendant un mois, puis une fois par semaine jusqu’à la fin du traitement.
Pour les traitements avec HNF, surveiller le TCA (temps de céphaline activée) qui reflète la force de l'anticoagulation.
Enfin, garder à vue le syndrome post thrombotique : douleur du membre inférieur, varice, œdème, pigmentation de la peau et parfois ulcères cutanés. Il est généralement lié au fait que le sang remonte par les veines superficielles de la peau. C’est un phénomène présent dans 20 à 50 % des thromboses veineuses profondes. Un traitement s’impose.
Pour empêcher le développement d’une thrombose veineuse profonde, voici quelques mesures nécessaires.
Le risque de récidive de thrombose veineuse profonde est élevé durant la première année de l’arrêt du traitement anticoagulant. Pour s’en prémunir, il est conseillé de porter des bas de contention pendant 2 ans au minimum.
Certaines situations représentent des facteurs de risques majeurs de la maladie :
une chirurgie récente notamment au niveau de la hanche, du genou, de la jambe ;
une chirurgie lourde ;
une hospitalisation avec immobilisation : AVC, infarctus du myocarde… ;
une grossesse ;
un cancer ;
un voyage de plus de 6 heures assis : facteurs de risque de caillot sanguin.
Ainsi, afin de limiter la formation de caillot dans ces divers contextes, il faut privilégier le lever précoce et la pratique d’exercices de flexion et extension du pied.
Entamer un traitement anticoagulant préventif peut aussi servir, sauf pour les voyages en avion. Dans ce cas-ci, l’anticoagulation préventive n’est pas justifiée. Il convient plutôt d’utiliser des bas de contention.
Les facteurs suivants sont plus rares, mais doivent aussi être surveillés de près : cathéter veineux central, effort musculaire violent, stimulateur cardiaque et vol de plus de 9 h.
L’obésité est reconnue comme un facteur de risque mineur. Toutefois, pour garantir une meilleure santé, mieux vaut se faire accompagner dès que l’IMC (indice de masse corporelle) dépasse 30.
Selon de nombreuses études, il a été révélé que d’autres cas de thrombose veineuse profonde sont issus de la prise de certains médicaments :
pilules oestroprogestatives ;
traitements hormonaux ;
traitements antitumoraux avec anti VEGF tels que bévacizumab, thalidomide ;
anti œstrogène : tamoxifène, danazol ;
inhibiteur de l’aromatase : anastrozole ;
époétines ;
neuroleptiques ;
immunodépresseurs : sirolimus, évérolimus ;
desmopressine ;
divers anti-inflammatoires non stéroïdiens.
Il faut donc réévaluer leur indication.
Les autres facteurs à contrôler : la polyglobulie, les cancers des poumons, du pancréas, de l’estomac…
Les bas de contention sont des matériels de référence dans le cadre de la prévention de la thrombose veineuse profonde. Il en existe trois classes sur le marché qui diffèrent selon le niveau de la pression qu’ils exercent. Pour optimiser leur efficacité, il faut donc veiller à ce que le modèle utilisé corresponde réellement aux besoins du patient.
Les bas de contention de classe I
Offrant une pression de 10 à 15 mmHg sur la jambe, ils sont idéals pour :
les personnes souvent en position debout prolongée ;
les femmes enceintes ;
les personnes réalisant des voyages de longue durée ;
les personnes atteintes d’insuffisance veineuse.
Les bas de contention de classe II
La pression induite est de 15 à 20 mmHg. Ils sont recommandés pour les patients ayant subi une chirurgie des veines. Les femmes enceintes, les voyageurs à risque de thrombose veineuse et les personnes atteintes de varice et d’œdème des jambes peuvent également les utiliser.
Les bas de contention de classe III
Ils exercent une pression entre 20 à 36 mmHg. On les préconise notamment pour les personnes ayant déjà souffert de thrombose veineuse. Ils sont aussi bénéfiques dans les situations de varices importantes, gonflements sévères des jambes ou syndrome post-thrombotique.
Certains modèles de bas de contention exercent des pressions plus élevées (30 à 40 mmHg). Ils conviennent surtout pour prévenir le syndrome post-thrombotique.
Par ailleurs, quelques consignes sont aussi à retenir.
Les bas de contention sont contre-indiqués chez les diabétiques souffrant de troubles sévères des petits vaisseaux sanguins (microangiopathie), chez les personnes atteintes de maladie des artères des jambes (artérite), et chez les patients qui présentent une perte de sensibilité des pieds et des jambes (neuropathies) ou une insuffisance cardiaque non traitée.
Mettez les bas de contention dès le réveil, avant de se lever.
Si un lever rapide est inévitable (par exemple pour uriner), il est alors nécessaire de se recoucher quelques minutes avant de mettre ses bas de contention.
Les bleus sur la peau, le saignement de nez, le nombre de plaquettes sanguines inférieur à 150 000/mm3 sur une prise de sang ou la diminution de 30 % par rapport à la numération sans traitement font suspecter une thrombopénie induite par l’héparine.
L’antidote est le sulfate de protamine. Une surveillance plaquettaire avant et pendant le traitement (2 fois par semaine pendant un mois, puis une fois par semaine jusqu’à la fin du traitement) est obligatoire. Une thrombopénie grave impose l’arrêt du traitement.
L’AVK est difficile à stabiliser. Pour son utilisation, il faut une éducation thérapeutique. Aussi, éviter de surconsommer les aliments à haute teneur en vitamine K et doser l’INR tous les mois au minimum.
Lors de la prise d’anticoagulant, il faut éviter les hémorragies (ulcère digestifs, alcoolisme, anémie…). Pour ce faire :
effectuer une éducation thérapeutique ;
éviter les AINS (anti-inflammatoire non stéroïdien) ;
contre-indiquer les anticoagulants.
Le traitement anticoagulant préventif n’est pas toujours justifié dans les contextes d’immobilisation plâtrée et de voyage en avion.