Péricardite
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La péricardite est la plus fréquente des maladies du péricarde, l’enveloppe qui entoure le cœur. Dans la majorité des cas, elle est légère. Mais, il peut arriver qu’elle provoque des complications. Découvrez dans cet article tout ce qui concerne la péricardite : diagnostic, symptômes et traitement
Le péricarde est la membrane qui enveloppe le cœur. Il a pour rôle de soutenir le cœur et d’amortir ses battements.
La péricardite désigne l’inflammation du péricarde.
On distingue 3 types de péricardite :
la péricardite aiguë ;
la péricardite chronique ;
la péricardite récurrente idiopathique.
La péricardite est en majorité d'origine inconnue ou virale (90 % des cas). C’est ce seul cas traité ici.
Il existe d’autres causes qui peuvent provoquer la péricardite, mais ils ne seront pas traités dans cet article :
le cancer ;
les bactéries, dont celle responsable de la tuberculose (0,5 %) ;
l’infarctus du myocarde ;
l’insuffisance rénale ;
l’hypothyroïdie ;
la radiothérapie ;
et certains médicaments.
La péricardite concerne 1 personne pour 10 000 habitants.
Elle peut toucher n’importe quelle personne (hommes, femmes, enfants, adultes) avec une prédominance chez l’adulte.
La péricardite est caractérisée par une douleur typique et intense de type brûlure, constrictive et lancinante localisée au thorax.
La douleur peut irradier vers le bras et les épaules (mais peu). Elle est aigüe avec un début progressif pendant une durée prolongée.
Elle est accentuée par l’inspiration et la toux (car cela augmentent le retour veineux du sang vers le cœur). Elle peut également s’intensifier en décubitus (position allongée sur le dos) et en changeant de position.
La sensation douloureuse est atténuée par la position penchée en avant (car il y a une mobilisation du liquide), ou assise.
Il faut bien noter que la trinitrine (médicament qui appartient à la famille des dérivés nitrés et qui dilate les artères) ne diminue pas la douleur. En effet, la péricardite n'est pas lié à une diminution de la taille d'un vaisseau du cœur.
La douleur est parfois associée à d’autres symptômes, comme :
la gêne respiratoire ;
la gêne respiratoire en position allongée ;
un état grippal (courbature, fièvre, fatigue, toux...) ;
ou des troubles gastro-intestinaux de type douleur, nausées, diarrhée...
À l’auscultation, on entend des bruits cardiaques caractéristiques nommés frottement péricardique. Voici leur description :
Le timbre est rude (comme le frottement de cuir neuf ou de deux papiers de verre frottés ensemble), ou « tchou tchou tchou », ou encore un crissement de pas dans la neige, ou un doux frottement de soie.
Intensité: faible, mieux perçu en penchant en avant et en expiration (en appliquant bien le stéthoscope).
Localisation: le bruit voyage, on le trouve à la pointe du thorax vers l'estomac, le plus souvent. Il est localisé qu'à un endroit.
Chronicité: le bruit est perçu durant les 3 temps du battement cardiaque (contraction, dilatation et remplissage), il n'efface pas les bruits B1 et B2 normaux du cœur, et persiste en apnée.
L'examinateur peut également percevoir une accélération du rythme cardiaque et entendre des bruits du cœur plus sourd que d'habitude.
Les principales complications de la péricardite sont les suivantes :
Insuffisance cardiaque : elle se manifeste par une difficulté à respirer et des œdèmes au niveau des jambes.
Tamponnade : c’est la compression du cœur qui est secondaire à l’accumulation de liquide massive dans le péricarde. Elle est caractérisée par une difficulté à respirer, une fréquence cardiaque au-dessus de 100 battements par minute, une hypertension artérielle, une tension paradoxale (diminution de plus de 10 mmHg pendant l’inspiration), une distension des veines jugulaires voire de l’ensemble des veines de la tête et du cou et des bruits cardiaques assourdis.
Il existe des examens complémentaires à faire pour confirmer le diagnostic clinique.
Une analyse sanguine
Une prise de sang va permettre de réaliser :
la NFS-P ou numération de la formule sanguine et des plaquettes : qui révélera une augmentation du nombre de globules blancs ;
le dosage de la CRP (protéine C-réactive) : élevée ;
la créatininémie (montre le fonctionnement du rein) ;
le dosage de la troponine cardiaque, qui est un constituant du cœur qui ne doit pas se retrouver dans le sang ;
et le dosage de la TSH (thyréostimuline) qui est l'hormone de la thyroïde.
Un électrocardiogramme (ECG)
Par électrocardiogramme, on peut enregistrer l’activité électrique du cœur du patient et dépister des anomalies.
Pour mieux comprendre le résultat, on va d’abord découvrir quelques notions sur ceux qui doivent s’afficher sur l’ECG.
Onde P : c’est la première onde issue de la dépolarisation des oreillettes.
Complexe QRS : c’est l’activité électrique secondaire à la dépolarisation des ventricules.
Onde T : c’est l’activité électrique liée à la repolarisation des ventricules.
Intervalle PR (ou segment PQ) : elle correspond au temps entre le début de l’activation de l’onde P et le début de l’activation du complexe QRS.
Segment ST : il s’agit du temps qui sépare la fin de l’onde S (du complexe QRS) du début de l’onde T.
En cas de péricardite, les résultats peuvent être les suivants :
une tachycardie sinusale irrégulière, microvoltage ;
axe normal ;
P : une hypertrophie auriculaire droite (si la maladie est chronique) ;
PR : un sous-décalage diffus de PQ ;
QRS : un sus-décalage concave vers le haut du segment ST, sans image en miroir ni onde Q. Il n’englobe pas non plus d’onde T. Toutes les dérivations sont diffuses (sauf dans les dérivations aVR et V1 dans lesquelles on retrouve un abaissement de ces segments).
T : l’onde T peut être pointu, aplati ou négatif.
Une radiographie pulmonaire
La radiographie pulmonaire est souvent normale.
Dans certains cas, elle montre une augmentation pathologique du volume du cœur avec le bord gauche rectiligne et un aspect en carafe.
Elle peut montrer aussi une pleurésie réactionnelle. Celle-ci désigne une inflammation de la plèvre, la membrane qui enveloppe les poumons.
Une échographie du cœur
Examen indispensable, l’échographie du cœur semble normale.
Mais elle permet dans ce cas de découvrir un épanchement péricardique.
Le diagnostic peut être compliqué à faire. Si c'était le cas, consultez le guide santé privé Doctolike.
Les examens dévoilent parfois des complications.
Tamponnade (concerne 5 % des patients) : l’électrocardiogramme affiche une alternance électrique (bas et haut voltage). À l'échographie, on découvre la dilatation des oreillettes du cœur. L’espace entre les deux feuillets mesure plus de 20 mm. Il nécessite une prise en charge spécifique.
Péricardite chronique constrictive (concerne 1 % des patients) : l’échographie cardiaque montre que le péricarde épaissit. Les médecins évaluent la pression dans le cœur grâce à une sonde montée depuis une artère ou une veine jusque dans le cœur. Le cathéter cardiaque montre l’égalisation des pressions droites et un aspect de « dip and plateau » ou aspect en « racine carrée ». Ceci nécessite également un traitement spécifique.
Myopéricardite : elle est caractérisée par l’augmentation de la troponine cardiaque qui est un constituant du cœur.
En l’absence de complications, les soins peuvent s'organiser en ville. Les professionnels de santé de ville doivent orienter et donner des conseils.
Le médecin généraliste peut évoquer le diagnostic et adresser à un cardiologue.
En cas de doute, de complications ou de comorbidités, s'adresser aux urgences.
Le repos est indispensable. Éviter de faire des efforts physiques jusqu’à la normalisation de la protéine CRP. Arrêter les compétitions durant 3 mois après le début d’apparition des symptômes.
Des antalgiques tels que l’ibuprofène ou le naproxène sont indiqués pour calmer la douleur.
Le paracétamol est une option malgré l’absence d’évaluation dans cette situation.
En alternative ou en plus des autres traitements, la colchicine via en troisième ligne. Elle doit être prise durant 3 mois (en plus d’ibuprofène ou naproxène). Elle réduit le risque de récurrence. Attention au risque de surdosage. Les posologies sont de :
0,5 mg par jour chez l’adulte pesant moins de 70 kg.
0,5 mg deux fois par jour chez l’adulte pesant plus de 70 kg.
La colchicine est contre-indiquée chez certains patients comme ceux qui ont une insuffisance rénale, ceux qui sont âgés, etc. Pour éviter que la péricardite se complique, il ne faut pas associer la lopéramide (IMODIUM) ou la poudre d’opium à la colchicine. Ce sont des antidiarhéiques qui dissimulent les diarrhées (alors que la diarrhée est un signe précoce de surdosage en colchicine).
Les corticoïdes n’ont pas d’évaluation solide en termes de soulagement des symptômes de la péricardite.
Enfin, il faudra éviter les médicaments suivants :
Les antiinflammatoires comme coxibis, acéclifénac, diclofénac et piroxicam : ils provoquent trop d’effets indésirables et ne sont pas plus efficaces.
La kétoprofène : par voie orale, elle expose à des effets indésirables digestifs. En gel, elle provoque beaucoup plus d’effets indésirables par rapport aux autres antiinflammatoires non-stéroïdiens.
La colchicine associée au rémonium et à des poudres d’opium dans un même comprimé (COLCHIMAX) : ce médicament masque la diarrhée alors que celle-ci est la témoin d’un éventuel surdosage en colchicine.
Chez les femmes enceintes, seul le paracétamol est indiqué.
Pour les femmes allaitantes, il faut prendre le médicament avant la tétée du soir.
Il est important de réévaluer régulièrement le bénéfice-risque du traitement.
L’évolution de la péricardite est spontanément favorable.
Il faudra suivre de près l’évolution de la CRP. Si cela est défavorable, mieux vaut refaire une échographie cardiaque.
Il faut savoir que dans les 18 mois de l’épisode aigu, il y a une récurrence chez 30 % des patients.