Syndrome maniaque
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Avoir une humeur joviale pendant une période, puis sentir un vide pendant une autre peut être pathologique. Dans cet article, nous nous intéresserons au syndrome maniaque, qui peut se mêler au syndrome dépressif.
La manie est un trouble mental qui se caractérise essentiellement par des troubles de l’humeur, à savoir l’exaltation, l’euphorie et l’incohérence. Il s’agit d’un dérèglement des fonctions psychiques qui mène à un état d’excitation accrue et à une hyperactivité motrice.
La manie peut présenter différentes formes :
l’hypomanie: tableau non sévère ;
la manie: elle représente un tableau complet sévère ;
la furie maniaque: on constate un délire et une agressivité envers les autres personnes ;
le trouble bipolaire: c'est association de manie et de dépression ;
la manie atypique.
Il est encore difficile de connaître ses vraies causes. L’hérédité est une cause possible du trouble.
La manie peut résulter également de la conséquence d’une autre maladie :
un problème neurologique : épilepsie, infection...
un problème hormonal : l’hyperthyroïdie, l'hyperparathyroïdie
un dérèglement dans la prise de sang : l’hypoglycémie, hypercalcémie et l’hypernatrémie... ;
les médicaments et les toxiques...
Généralement, il s’écoule 10 ans entre le début de la maladie et l’instauration d’un traitement, car cette maladie est sous diagnostiquée.
Le syndrome maniaque apparaît et débute le plus souvent entre l’âge de 15 et 30 ans.
Le trouble maniaque débute brutalement. Il se présente en général, sous deux formes. La manie et l'hypomanie (la forme atténuée). La crise doit durée plus de 7 jours en cas de manie, et plus de 4 jours en cas d'hypomanie
D’un point de vue général, la personne atteinte de ce trouble psychique présente une énergie débordante.
Les symptômes se manifestent par l’expansivité de l’humeur. La personne est soumise à :
une euphorie : sensation de joie intense ;
une sensation de plaisir exagéré ;
un contact familier avec toutes les personnes ;
tout est amusant ;
parfois la personne est irritable ;
agressive ;
donc son humeur est versatile
Les pensées de la personnes sont boostées :
optimisme, insouciance, surestimation de soi ;
la pensée est accéléré. La personne passe du coq à l'âne
La personne montre une exaltation de l’imagination qui fluctue en fonction de l’humeur. Elle peut s'imaginer des choses et les croire vraies, on parle de manie délirante. Les thèmes du délire tournent autour de la mégalomanie ou du pouvoir magique.
Le syndrome maniaque se manifeste également sur les besoins primitifs de la personne :
l’alimentation: la personne mange et boit beaucoup ;
Le sommeil: la personne dors moins ;
La libido est exacerbée.
La personne atteinte d’un trouble maniaque présente plusieurs autres signes :
une grande distractibilité, un trouble de l'attention et de la concentration ;
une affection débordante.
On remarque également des changements sur l’activité de la personne. Cette dernière peut montrer des agitations, de l’hyperactivité et du relâchement professionnel. De plus, le patient présente des signes de voyages pathologiques, de désinhibition financière et d’autres comportements à risque.
Sa personnalité peut passer pour un comportement « débraillé ».
Le praticien remarque parfois que la personne n'a pas de conscience du trouble.
En cas de retard du diagnostic, le syndrome maniaque peut se compliquer de comportement à risque suicidaire ou de conduites addictives.
Cette maladie psychique est multifactorielle. De ce fait, elle peut être diagnostiquée par différents types d’examens.
a) Examen biologique
Il sert essentiellement à savoir si les traitements seront possibles et éliminer une hyperthyroïdie ou une intoxication.
la NFS
l’ionogramme (spécialement le Ca et le Na)
la CRP
la créatininémie
le bilan hépatique complet
la glycémie
le TSH
la HCG
l’analyse des toxiques.
b) ECG
Le test permet d’étudier le fonctionnement du cœur et de mesurer son activité électrique.
c) Un scanner cérébral
Le scanner est réalisé afin d’écarter les pathologies organiques.
d) Un EEG
Ce test consiste à mesurer et à enregistrer l’activité électrique du cerveau.
Un patient peut demander conseil à un professionnel de ville ou à un pharmacien. Ces derniers orienteront vers un spécialiste si besoin.
Le médecin généraliste fera un diagnostic ou adressera au psychologue ou au psychiatre. Cependant, en cas d’accès maniaque, il faut consulter les urgences psychiatriques pour une meilleure prise en charge.
Il existe plusieurs types de médicaments qui peuvent atténuer les symptômes d’une crise maniaque.
Pour un cas de crise maniaque sans délire, prendre en première ligne des benzodiazépines par voie orale, si acceptée (nb : possibilité d'écraser les comprimés pour une administration sublinguale). Choisir entre :
diazépam par voie orale 5 à 20 mg
lorazépam par voie orale 2 à 4 mg
La prise de benzodiazépines intramusculaire est envisageable si la voie orale n’est pas possible. Choisir entre :
lorazépam
diazépam
clorazépate dipotassique
Les benzodiazépines par voie rectale sont également utilisables.
clonazépam
diazépam
En deuxième ligne, vous pouvez utiliser de l’halopéridol intramusculaire : 1 à 5 mg
Si la personne est dans un état confusionnel (délirant), le médicament de première ligne est un neuroleptique.
halopéridol par voie orale 1 à 2 mg toutes les 2 à 4 h. La dose est à réduire de moitié pour les personnes âgées.
En deuxième ligne, il y a :
l’halopéridol intramusculaire 1 à 5 mg. La dose est à réduire de moitié pour les personnes âgées.
La prise de dropéridol est à exclure. Ce neuroleptique injectable n’a aucun avantage clinique et possède plus d’effets indésirables que l’halopéridol.
Dans le cas d’une manie, il existe 4 lignes de traitement possible.
En première ligne il y a :
le lithium: un stabilisant d’humeur de référence. Il contrôle l’accès maniaque en quelques jours. Le dosage est de 250 mg ou 400 mg LP avec un taux d’efficacité de 40 à 80 %. Il faut augmenter très progressivement la posologie, car au moindre écart le médicament est toxique.
En deuxième ligne, on a le choix entre:
l’acide valproïque et ses dérivés ;
la carbamazépine : efficacité moins évaluée par rapport au lithium ;
la lamatrigine (optionnel)
Il s'emploie seuls ou en association avec le lithium.
En cas de délire, on aura recours aux neuroleptiques « atypiques » comme :
l’aripiprazole ;
l’olanzapine ;
la risperidone ;
la quetiapine : action antidépressive ;
En dernière intention:
l’electroconvulsiothérapie ;
A noter que l’asénapine est fortement à écarter, car il expose à des hypersensibilités graves.
Dans le cas où la manie est associée à un épisode dépressif sévère, on ajoute :
les inhibiteurs de la capture de la sérotonine: sertraline, fluoxétine, paroxétine, fluvoxamine…
prescrit durant 6 semaines minimum avec un taux d’efficacité moyen de 50 % ;
Il ne faut pas prendre du pamplemousse pendant le traitement afin d’éviter la surdose de ces médicaments.
Le millepertuis ;
La photothérapie (c'est à dire l'exposition à la lumière naturelle).
En complément, le patient et son entourage doivent suivre des séances de psychothérapie de soutien, analytique ou cognitivocomportementale...
Il faut faire le tri dans les médicaments, car certains peuvent favoriser l'état maniaque du patient.
Dans le cas où la personne maniaque prend de la cocaïne ou des psychostimulants, comme de l’alcool ou du tabac, elle doit bénéficier d’un accompagnement vers l’arrêt des toxiques.
Afin d’éviter que la personne commence des actes susceptibles de lui porter préjudice financièrement, il est parfois nécessaire de faire une sauvegarde de justice. C'est un acte juridique temporaire qui permet à la personne d'être protégée juridiquement.
Pour se protéger, les femmes susceptibles d'être enceintes doivent employer une méthode de contraception.
Pour les patients sous lithium, l’élaboration d’un carnet lithiémie pour le patient est nécessaire pour éviter les risques de surdosage. Au 4e jour de lithiémie, si le lithium est sous forme de libération immédiate, il faut faire l’analyse avant la première prise du matin. Elle doit être comprise entre 0,6 – 0,9 mmol/l.
Si le lithium est pris sous forme de libération prolongée, il faut faire la lithiémie le soir : elle doit être comprise entre 0,8 – 1,2 mmol/l.
Ce processus doit être surveillé une à 2 fois par semaine en début de traitement, puis tous les deux mois.
Un surdosage se manifeste par des troubles digestifs, neurologiques, des vertiges et des palpitations. D’autres actions sont également nécessaire pour la surveillance: la TSH une fois par an et le dosage de la créatininémie (cela mesure la fonction rénale).
Les patient sous acide valproïque devront faire un bilan des fonctions hépatiques avant le traitement et régulièrement durant les 6 premiers mois.
Les patients sous carbamazépine devront vérifier le dosage du médicament par prise de sang.
Quel que soit le traitement appliqué chez une personne maniaque, l’apparition d’un syndrome dépressif sous traitement est possible.
La normalisation des troubles se fait généralement entre 1 et 3 semaines et le sommeil vient en premier.
Si une personne subit une sorte d’épisode dépressif, elle est susceptible de souffrir du syndrome maniaco-dépressif. Il faut y penser !