Rectocolite hémorragique
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La rectocolite hémorragique est une maladie inflammatoire persistante de la muqueuse intestinale. Elle touche principalement le rectum et s’étend parfois sur la partie ou la totalité du côlon. Symptômes, traitements, préventions… découvrez en détail ce qu’est la rectocolite hémorragique.
La rectocolite hémorragique est une maladie inflammatoire chronique du côlon (le gros intestin) et du rectum. Elle est également appelée « colite ulcéreuse ». Avec la maladie de Crohn, elle fait partie des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI). Elle diffère entre elles principalement par la région touchée.
Le diagnostic de cette affection peut être long et repose sur un faisceau d’arguments cliniques et d'examens complémentaires.
La rectocolite hémorragique est une maladie auto-immune. Cela signifie qu’elle est liée à un déséquilibre entre le système immunitaire et la flore intestinale. Ça c'est la théorie ; mais cette maladie reste en grande partie de cause inconnue.
Cette affection évolue par poussées. Sa période de rémission va de quelques semaines à quelques mois, voire quelques années.
Pendant une crise, une inflammation du rectum, voire du côlon gauche ou du côlon droit se produit. Il faut noter que les lésions tendent à remonter de plus en plus loin dans le côlon au fur et à mesure des crises :
1/3 des cas ont des formes rectales pures ;
1/3 des cas présentent des formes étendues gauches ;
1/3 des cas correspondent à une pancolite (c'est à dire tout le côlon, l’atteinte dépasse l’angle colique gauche).
Il existe des facteurs favorisant la rectocolite hémorragique. C’est le cas d’une prédisposition familiale. Toutefois, il n’y a pas de rôle du psychisme, à priori, dans cette maladie.
5 personnes sur 100 000 sont concernées par cette maladie auto-immune. Elle touche autant de femmes que d’hommes et présente un pic de fréquence entre l’âge de 30 et 40 ans. Néanmoins, elle peut apparaître chez les enfants et les adolescents.
La rectocolite hémorragique désigne des troubles évoluant par poussées et par rémission. En général, elle se manifeste par :
une fatigue ;
une perte d'appétit ;
un amaigrissement ;
une fièvre.
D’autres signes peuvent également apparaître :
maux de ventre ;
hémorragie rectale ;
gêne à la défécation (dyschésie) ;
douleur abdominale associée à une contraction répétitive du côlon (épreinte) ;
envie sans cesse d’aller à la selle ou d’uriner(ténesme) ;
incontinence ;
constipation.
Lors d’un examen clinique, une diminution du poids corporel est souvent observée. Et quand le médecin palpe l’abdomen, celui-ci est sensible, souple, dépressible.
En cas d’absence ou retard de traitement, la colite ulcéreuse peut engendrer diverses complications.
Ulcération et fistule anales
Péritonite par perforation : c’est une inflammation de la fine membrane qui tapisse les organes présents dans l’abdomen (péritoine). Elle est caractérisée par ce qu’on appelle «ventre de bois » qui désigne une contracture abdominale douloureuse.
Sténose ou occlusion intestinale : cela correspond à un rétrécissement d’une partie de l’intestin. Elle se manifeste par un ballonnement, une douleur, des vomissements, une constipation et un arrêt des gaz.
Cholangite sclérosante primitive : c’est une inflammation des voies biliaires intra ou extra-hépatiques. Elle se manifeste par des démangeaisons, un début de jaunisse et une grande fatigue.
Érythème noueux : il s’agit d’une inflammation de peau caractérisée par l’apparition de nodules sous-cutanés douloureux, palpables, rouges ou violets.
Aphtose buccale : c’est une affection récidivante de la muqueuse buccale évoluant par poussées. Elle se traduit par l’apparition de petites ulcérations rondes ou ovales à l’intérieur de la cavité buccale.
Uvéite : c’est une maladie inflammatoire de la partie centrale de l’œil. Elle se caractérise par l’apparition de corps flottants et une baisse de la vision.
Arthrite (polyarthrite ou spondylarthrite ankylosante) : c’est une forme de rhumatisme touchant la colonne vertébrale et le bas du dos. Elle se manifeste par une douleur à la base de la colonne vertébrale.
Colite aigüe grave (2 % des cas) : c’est une inflammation chronique de l’intestin. Elle se traduit par une fièvre, des rectorragies plus de 6 fois par jour, un amaigrissement et une anémie.
Retard de croissance chez l’enfant.
La rectocolite hémorragique est souvent confondue avec la maladie de Crohn. Cette dernière affecte principalement tous les segments du tube digestif.
Pour poser le diagnostic de cette maladie inflammatoire, divers examens peuvent s’avérer utiles.
a) Examen biologique
Analyse de sang
Une prise de sang permet d’effectuer un dosage de la CRP qui est la protéine de l'inflammation. Si elle est élevée cela donne un argument supplémentaire pour le diagnostic. On vérifiera l'absence d'anémie par hémorragie.
L’analyse sanguine permet également dedoser les anticorps suivants :
ANCA ou anticorps anti-cytoplasme des polynucléaires neutrophiles : positif.
ASCA ou anticorps anti-Sacharomyces cerevisiae : négatif .
Analyse des selles
Pour éliminer les autres diagnostic, le médecin peut prescrire un examen parasitologique des selles (qui doit être négatif) et une recherche de bactérie pathologique dans les selles (négative).
b) Coloscopie, voire FOGD (fibroscopie œsogastroduodénale) si les symptômes digestifs sont dominants
La coloscopie est indispensable. Elle permet d’examiner le rectum et le côlon de façon plus fiable. Elle permet également de suivre l’évolution de la maladie.
Les ulcères ou les lésions inflammatoires érythémateuses s’étendant de façon continue et homogène sans intervalle de muqueuse saine. Elles se situent typiquement au rectum et s'étendent vers le côlon.
Présence de pseudopolypes.
Après analuse au microscope (anapath): il s’agit d’une inflammation intestinale chronique
c) Au besoin, d’autres examens supplémentaires peuvent être effectués :
un entéroscanner (scanner de l’intestin grêle) ;
une IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) ;
une vidéocapsule (ingestion d’une caméra de la taille d'un comprimé à l’intérieur de l’intestin).
Le pharmacien peut orienter et donner quelques conseils.
Le médecin généraliste peut suspecter le diagnostic et adressera au gastroentérologue pour effectuer la coloscopie.
Si une opération s’avère nécessaire, on aura besoin l'aide d'un chirurgien viscéral.
Pour apaiser la crise douloureuse :
prendre des antalgiques classiques comme du paracétamol ;
faire un lavement rectal par du betnesol, au coucher en « gardant le lavement » : c’est un traitement bref ;
en option : prendre par voie orale ou par lavement de la mésalazine (PENTASA ou autre). La posologie est de 1 g par jour, sans limite de durée. L’efficacité est très faible
En cas de signes sévères, prendre des corticoïdes par voie orale en raison de 1 mg par kilo par jour.
La sulfasalazine SALAZOPYRINE, qui est un dérivé de l’acide aminosalyciclique, a une efficacité très faible et un bénéfice incertain. Ne l'utilisez pas sauf exception.
Les anti-inflammatoires non-stéroïdiens type ibuprofène etc. sont à éviter. Ils risquent d’aggraver davantage les symptômes.
Les traitements de cette maladie inflammatoire visent à obtenir une rémission, c'est à dire un apaisement prolongé de la maladie. On ne parvient pas à l'heure actuel à guérir définitivement de cette maladie.
En première intention, le traitement repose sur des immunodépresseurs. Le meilleur est l’azathioprine de 1, 5 mg par kilo par jour. Ce médicament est notamment indiqué en cas d’intolérance ou d’échec de la corticothérapie.
Au besoin, les immunodépresseurs peuvent être remplacés par un anti-TNF alpha (anti facteur de nécrose tumorale alpha). Les premiers choix sont l’infliximab et de l’adalimumab. Le premier nécessite une perfusion intraveineuse toutes les 8 semaines à l’hôpital. Tandis que le second nécessite une injection sous-cutanée toutes les 2 semaines. Vous devez quand même faire attention aux effets indésirables chargés.
Il existe d’autres médicaments indiqués dans le traitement de cette affection, mais leurs bénéfices sont incertains.
Méthotrexate: mal évalué.
Ustekunimab STELARA: il n’a pas été comparé à un anti-TNF alpha, mais entraine des effets indésirables, parfois graves.
Tofacitinib: manque de données pour juger de son efficacité.
Quant aux médicaments suivants, ils sont déconseillés :
Certolizumab pégol: avec une efficacité modeste, il ne permet pas davantage de rémission ;
Védolizumab: un anticorps monoclonal dont l’efficacité n’est pas démontrée en l’absence de comparaison avec un anti-TNF alpha.
Un régime spécifique n’a également aucun effet démontré sur ce type de MICI.
Il faut souligner que les femmes souhaitant une grossesse devraient attendre une période de rémission avant de concevoir. Si les corticoïdes peuvent être utilisés, l’anti-TNF alpha est à discuter avec les médecins spécialistes.
En cas d’inefficacité de l’anti-TNF alpha, une amputation chirurgicale et des traitements complémentaires chirurgicaux seront discutés.
La rectocolite hémorragique ne guérit pas totalement. Elle peut rester localisée (50 %) ou s’étendre (50 %). Suivre l’activité de la maladie par le score de Truelove et Witts ou la classification de Montréal. Un bilan spécialisé est nécessaire tous les 6 mois pour refaire le point.
A noter que l’apparition d’une fièvre sous corticoïde ou immunodépresseur doit nécessiter une consultation rapide. Une surveillance biologique rapprochée sous traitements est indispensable.
Pour prévenir la rectocolite hémorragique, il faut lutter contre les facteurs de risque. Pour cela, il faut accompagner l’arrêt du tabagisme. Également, éviter certains aliments pour voir si cela diminue les symptômes : viande rouge, céréales, produits laitiers, épices, caféine, etc.
Pour lutter contre les complications :
faire un dépistage par coloscopie en cas de rectocolite débuté depuis plus de 10 ans , cela permet de prévenir du cancer colorectal ;
vérifier la glycémie à jeun, faire une ostéodensitométrie et un dépistage du glaucome en cas de corticothérapie prolongée ;
vérifier la corticorésistance qui est un échec de 4 semaines de corticoïdes à 0, 75 mg par kilo ;
prendre un traitement de fond en cas de corticodépendance (30 % des patients). C'est l'incapacité de réduire la dose de corticothérapie ou la rechute dans les 3 mois de l'arrêt d'une corticothérapie.
Au besoin, faire accompagner sur le plan psychologique.