Mastite liée à l'allaitement
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La mastite est une complication fréquente de l’allaitement se traduisant par un sein sensible et douloureux. Elle survient souvent pendant les premières semaines de l’allaitement, ce qui peut décourager les mères ; mais elle peut aussi apparaître plus tard chez certaines femmes. Découvrez dans cet article les symptômes d’une mastite, son traitement et les bonnes mesures à prendre pour ne plus qu'elle recommence.
La mastite est une inflammation du sein qui peut être infectieuse ou non. Elle ne concerne en général qu’un seul sein.
Lorsque la mastite est liée à l’allaitement, on parle de « mastite lactationnelle ».
La mastite lactationnelle est liée à un engorgement su sein, qui peut provenir de différentes causes :
la congestion classique dans les 3 à 5 jours après l’accouchement, et cela concerne les deux seins ;
la lactation abondante ou la stimulation excessive avec un tire-lait ;
la mauvaise évacuation du lait qui peut être due à :
un canal lactifère bouché,
des tétées peu fréquentes ou peu efficaces,
une crevasse douloureuse,
une fente labiopalatine chez le bébé,
un frein court chez le bébé,
une mauvaise alternance entre le sein droit et le gauche
ou un sevrage brutal en lait ;
la prise de médicaments accentuant la production de lait comme les neuroleptiques.
En cas de crevasse, il est également possible que la mastite soit compliquée d’une infection bactérienne qui entretien la douleur.
La mastite touche 3 à 30 % des femmes qui allaitent.
Le plus fréquent, elle survient dans les 6 premières semaines d’allaitement.
La mastite se manifeste par une douleur lancinante du sein affecté. Cette douleur est parfois associée à une fièvre inférieure à 38, 5 °.
À part l’augmentation de la température corporelle on constate également une augmentation du volume du sein.
A la palpation, on remarque un sein induré.
Pour savoir si la mastite est liée à une infection : on effectuera le test de Budin, le lait recueilli sur une compresse laisse une auréole jaune s’il est infecté. Si le résultat du test est négatif, cela indique une mastite inflammatoire (non infectieuse)
Parfois, la mastite peut être compliquée de :
Mastite infectieuse : elle est responsable de forte fièvre (supérieure à 38, 5 °), de frissons, de douleurs musculaires et de malaise. Elle se confirme par un test de Budin positif.
Formation d’abcès : celle-ci concerne jusqu’à 11 % des mastites. Elle se caractérise par un test de Budin positif, un sein localement dur, une inflammation et un écoulement de pus.
Formation de fistule : elle se traduit par le débouchement de pus à plusieurs endroits de la peau.
Sepsis : infection généralisée de l’organisme.
La mastite infectieuse est parfois confondue avec d’autres infections mammaires comme la candidose du mamelon. Celle-ci est une infection par un champignon, qui se produit dans les premiers mois d’allaitement. Son diagnostic n'est pas aisé, et certains pensent qu'en réalité cette affection n'existe pas.
Les examens complémentaires ne doivent être réalisés qu'en cas d’abcès ou d'échec des traitements.
Examens biologiques
Une numération de la formule sanguine (NFS) et un dosage du taux de la CRP (protéine C réactive) sont nécessaires afin de détecter le syndrome inflammatoire. Si la CRP est élevée on suspecte une infection.
Aussi, le pus peut éventuellement être écouvillonné et analysé pour connaître le nom de la bactérie en cause et le traitement adapté.
Échographie
L’échographie permet de confirmer le diagnostic et guider le drainage dans les cas où le sein présente un abcès.
En cas de mastite, un pharmacien peut donner des conseils et orienter.
Une sage femme peut évoquer le diagnostic.
Un médecin généraliste, ou un gynécologue peuvent faire le diagnostic et traiter
Pour soulager la douleur associée à la mastite, prendre un antalgique du type paracétamol et appliquer du froid sur la zone douloureuse.
En l’absence d’infection, l’ibuprofène peut être une option.
Le traitement de la mastite se base sur un traitement mécanique, un traitement médicamenteux ou un traitement chirurgical.
Traitements mécaniques
Il faudra décongestionner le sein par l’allaitement du bébé. L'allaitement est possible même en cas de mastite infectieuse, du moment que le bébé est en bonne santé et né à terme. On commence par la tétée du sein non affecté pour déclencher le réflexe d’éjection du lait coté malade. Dès l’obtention de celui-ci, l’enfant peut téter le sein affecté. L’enfant peut téter sans restriction de fréquence ni de durée.
La position optimale du bébé lors de l’allaitement sera de diriger le nez et le menton en direction de la zone à désengorger.
L’application du chaud peut également aider au drainage. On peut même tremper les mamelons dans un verre d’eau chaude pour qu’ils se vident tout seuls.
Sinon, on peut également masser le sein de la périphérie vers le mamelon, et exprimer le lait à la main ou utilisez un tire-lait pour décongestionner le sein.
Traitement par antibiotique durant 10 à 14 jours
Si les symptômes ne régressent pas en 24 heures ou en cas d’abcès, le médecin propose un traitement par antibiotiques oraux avec une interruption de l’allaitement jusqu’à élimination totale du médicament. Par précaution, il faut jeter le lait maternel et remplacer par un lait industriel.
Parmi les antibiotiques oraux, les plus recommandés sont les dérivés de pénicilline comme le clixacilline, le flucloxacilline ou l’oxacilline ainsi que la céfalexine. Cette dernière est une céphalosporine de troisième génération utilisable en cas d’allergie aux pénicillines.
La clindamycine voire la vancomycine sont des alternatives.
Certains médicaments ont des bénéfices incertains dans le cadre de traitement de la mastite liée à l’allaitement. Il faudra donc faire attention à leur utilisation. On peut citer :
la josamycine : il est déconseillé durant les deux premières semaines de vie (faute de données) ;
la pristinamycine : il est contre-indiqué durant les deux premières semaines (faute de données).
Par contre, évitez absolument ces médicaments :
les macrolides durant les deux premières semaines de vie du bébé : azithromicyne, clarithromycine, coxithromycine, spiramycine. Ils accentuent le risque de sténose du pylore (rétrécissement d'une partie de l'estomac) ;
la doxycycline : elle risque de provoquer une coloration de l’émail dentaire des enfants allaités ;
Sulfaméthoxazole et trimétroprine alias cotrimoxazole en association : ils exposent des risques d’hémolyse chez le bébé.
Traitement chirurgical
Si le traitement mécanique et l’antibiothérapie n’apportent aucun progrès sur la guérison de la mastite lactationnelle abcédée, il faut procéder à l’aspiration du pus à l’aide d’une aiguille sous anesthésie locale, avec ou sans guidage échographique. Plusieurs drainages successifs sont parfois nécessaires.
En cas d’échec ou d’abcès supérieur à 5 cm de diamètre, il faudra réaliser un drainage chirurgical avec pose de drains.
Si les symptômes de la mastite ne disparaissent pas en quelques jours, il faut revoir le traitement et faire des prélèvements de lait pour identifier un éventuel germe en cause.
Pour prévenir la mastite, il faut lutter contre les facteurs de risque. Ainsi, il faudra :
augmenter la fréquence des tétées ;
limiter l’utilisation du tire-lait ;
alterner sein droit et sein gauche ;
ne pas arrêter brutalement l’allaitement ;
traiter la crevasse ;
traiter la fente labiopalatine ;
soigner le frein de langue trop court ;
revoir l’indication des neuroleptiques.
En cas de prise d'antibiotiques, mieux vaut être vigilant devant certains signaux d’alerte tels que :
la langue blanche : c'est le champignon de bouche;
diarrhées sous antibiotiques ;
diarrhées sévères sous antibiotiques : suspicion de colite pseudomembraneuse.