Diarrhée récente et bénigne chez l'adulte
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La diarrhée d'apparition récente et d'apparence bénigne chez l’adulte peut avoir de multiples origines. On peut aussi parler dans ce cas de syndrome. C'est un motif fréquent de consultation chez un médecin et on peut se sentir perdu devant l'étendue des causes possibles. Découvrez dans cet article tout ce qu’il faut savoir sur la diarrhée aigüe bénigne chez l’adulte et les meilleures stratégies possibles devant ce syndrome.
La diarrhée est une émission de selles molles ou liquides fréquentes (au moins 3 fois sur l’espace de 24 heures).
Elle est considérée comme aigüe dès lors qu’elle apparaît de façon brutale et ne dépasse pas 2 semaines. La diarrhée devient chronique si elle évolue au-delà de cette période.
La plupart du temps, la diarrhée aigüe bénigne chez l’adulte est d’origine virale, et parfois d’origine bactérienne. Elle cause une inflammation de l'estomac et de l'intestin, la fameuse "gastro-entérite".
Elle peut exceptionnellement être d’origine parasitaire ou médicamenteuse.
La diarrhée aigüe bénigne de l’adulte affecte les personnes de tous âges. Elle est relativement fréquente aussi bien chez les hommes que chez les femmes.
La diarrhée aigüe de l’adulte se manifeste par des selles fréquentes (au moins 3 fois par 24 heures). Elles sont molles ou liquides, et sont non glaireuses et non sanglantes (sinon ce seraient des diarrhées compliquées).
Le but de l'examen est d'éliminer les causes graves. On retrouve un état général constant. On ne trouve donc pas de signes de déshydratation (pas de perte de poids massive ou de plis cutanée, ou encore de baisse de pression artérielle…).
Très important, on s'assurera que le ventre du malade est souple, dépressible, peu douloureux.
La seule complication de la diarrhée banale est la déshydratation, d'autant plus en contexte de chaleur, ou si la diarrhée survient depuis plus d’une semaine avec une fréquence de selles pouvant dépasser 6 selles molles ou liquides par jour.
Il faut être particulièrement vigilant quant au risque de déshydratation ou d’infection généralisé chez les typologies de patients suivants :
les nourrissons (se référer à la diarrhée de l'enfant),
les personnes âgées de plus de 70 ans,
les personnes qui n’arrivent pas à boire,
les personnes souffrant d’immunodépression,
les personnes atteintes de pathologies cardiaques ou vasculaires,
les personnes souffrant de maladies inflammatoires de l’intestin,
les femmes enceintes.
La déshydratation constatée chez les personnes souffrant de diarrhées peut s’accompagner d’une perte de poids, ainsi que des signes suivants:
des plis de la peau qui persistent surtout au niveau du torse et du bras ;
des cernes ;
des orbites creusées ;
une tension basse ;
une diminution du volume des urines ;
une diminution de la réactivité aux questions ou réponses confuses ;
une sécheresse de bouche (sous la langue et la lèvre) ;
de la soif ;
une fatigue ;
une perte de poids.
La perte de poids est considérée comme légère si elle baisse de 0 à 5 %, modérée de 5 à 10 %, grave de 10 à 15 % ou alarmante de 15 % et plus).
La diarrhée aigüe bénigne de l’adulte est une pathologie dont les caractéristiques sont bien précises. Il est possible de la confondre avec d’autres typologies de diarrhées non banales (très liquides ou sanglantes).
Le diagnostic précis de la cause n'est pas indispensables à ce stade car il n'y a pas de différence majeure entre les traitements.
Aucun examen n'est nécessaire sans la très grande majorité des cas. Ils ne sont nécessaires que si la diarrhée présente des complications.
Examens complémentaires
Prise de sang
L’exploration d’une diarrhée aigüe bénigne chez l’adulte nécessite la réalisation de différents examens sanguins.
NFS (numération de la formule sanguine) pour voir le nombre de globules blancs ;
Dosage du CRP (protéine C-Réactive) la protéine de l'inflammation ;
analyse de la natrémie (concentration en sodium) qui est le reflet de l'hydratation ;
créatininémie (le rein) ;
dosage du taux ASAT (aspartate aminotransférase), ALAT (alanine aminotransférase), PAL (phosphatase alcaline) et GGT (gamma-glutamyl tranférase), c'est le foie;
albuminémie et la protéinémie (c'est le reflet de la nutrition).
Une hémoculture peut être prévue en option pour vérifier l'absence de bactéries dans le sang.
Ces bilans sont généralement normaux ou presque.
Analyse de selles
L’analyse de selles standard appelée aussi coproculture peut aussi être envisagée pour mettre en évidence un cas de diarrhée aigüe bénigne. À celle-ci peut s’ajouter en option un examen parasitologique des selles.
Les professionnels de santé de ville peuvent conseiller et orienter les personnes souffrant de diarrhées aigües bénignes. Si un diagnostic est absolument nécessaire, il est effectué par les médecins généralistes. Dans de rares cas, des avis spécialisés peuvent être demandés. Les gastroentérologues ou les infectiologues peuvent les donner.
L’intervention des urgences hospitalières, d’un service de médecine hospitalier, voire du SAMU peut s’avérer utile en cas de complications (en cas de diarrhée non bénigne donc).
Pour soulager les symptômes, on privilégiera en priorité la réhydratation. Rappelez vous que tout le liquide qui est sorti doit être compensé.
Il faudra donc augmenter les apports en liquide (eau, bouillon, jus de pomme dilué…). Il est également possible d’opter pour une solution de réhydratation « maison » à base de 1 litre d’eau, de ½ cuillère à café de sel, de 8 cuillères à café de sucre et de 1 verre de jus d’orange.
PS : chez les nourrissons de moins de 6 mois, il est possible de se tourner vers un soluté de réhydratation orale (voir diarrhée chez un enfant).
Enfin, dans en cas de force majeure, une perfusion par les veines ou en sous-cutanée peut être indispensable, si la prise par la bouche est impossible.
Pour éviter d'aggraver le cas, il faudra réévaluer la prise de médicaments faisant uriner, cela peut comprendre certains anti hypertenseurs, appelés IEC (inhibiteur de l’enzyme de conversion) et de « sartans » (valsartan par exemple...). Ils pourraient aggraver la déshydratation.
Le médecin peut prescrire exceptionnellement une perfusion sous-cutanée, notamment si la réhydratation orale se révèle impossible. C’est dans le cadre d’une diarrhée sévère, voire un choc. Dans ce cas, évidemment, la diarrhée n'est plus bénigne.
Les bénéfices des traitements suivants restent incertains donc il ne faut pas faire une fixation dessus :
On porte souvent une grande attention à adapter l’alimentation chez les adultes en diarrhées. Mais c'est une mesure mal évaluée. On peut se contenter uniquement de boire et ne rien manger, ou on peut préparer des céréales bien cuites, et salés, des féculents, et éviter les aliments gras et les laitages. Les yaourts sont autorisés contrairement à ce que l'on peut dire.
Lopéramide : un ralentisseur du transit aux effets modestes. Il réduit la fréquence de 1 selle les 12 premières heures.
Racécadotril : est aussi un ralentisseur du transit aux effets modestes. Il ne doit pas être utilisé si l’on constate des glaires ou du sang dans les selles ou une grosse fièvre.
Attention à ne pas se laisser piéger, il faudra éviter les probiotiques à base de Saccarhomyces boulardii ou de Lactobacillus. Ils n’ont pas d’efficacité démontrée, et peuvent s’accompagner de risques allergiques et infectieux chez les personnes fragiles.
Éviter aussi le diosmectite qui rend les selles plus consistantes, mais qui ne prévient pas la déshydratation, donc est peu utile en pratique. De plus, il contient du plomb ce qui le rend plus dangereux qu'utile.
C’est pareil pour les Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). Ils sont utiles pour soulager les douleurs, mais dans la diarrhée ils aggravent les défaillances de reins.
Dans le cadre du traitement de la diarrhée aigüe bénigne, il n'est pas nécessaire de prendre des antibiotiques dans la très grande majorité des cas. Il faudra d’attendre d’avoir exercé un traitement pendant minimum 7 jours avant de se poser la question d'une origine bactérienne à la maladie et envisager toute prise d’antibiotiques.
Il faudra écarter la prise de certains « anti-infectieux » utilisés anciennement à tord. C’est le cas du nifuroxazide, un anti-infectieux intestinal sans efficacité démontrée, mais qui expose les patients à des risques allergiques graves.
Les complications liées à une diarrhée aigüe bénigne peuvent survenir rapidement. C’est pourquoi il est nécessaire de surveiller l’hydratation du patient. Cela consiste à surveiller la prise de boisson, et vérifier que le poids ne chute pas trop loin et que la quantité d’urine soit normale, entre autres.
Il est possible de constater une amélioration spontanée de l’état du patient en l’espace de 24 heures. Cette période peut toutefois s’étendre sur 3-7 jours maximum.
Si aucune amélioration n’est remarquée, le médecin peut demander à la personne de faire une prise de sang. Il sera également nécessaire de rechercher la cause ou d'envisager un diagnostic différent.
Pour information, voici les causes de la diarrhée banale aigüe banale :
Une gastro-entérite virale, voire bactérienne : elle se manifeste par des symptômes de grippe (courbatures, fièvre, frissons, maux de tête, nausées-vomissements...) et un contexte de contagion.
Une diarrhée liée aux édulcorants : elle est liée à la consommation importante de boissons et confiseries dites « sans sucre ».
Une fausse diarrhée du constipé : les selles non moulées glaireuses, liquides qui alternent avec la constipation.
Une toxi-infection alimentaire communautaire (TIAC) : c’est lorsque deux personnes ont mangé le même repas au même moment ayant les mêmes symptômes.
Un fécalome : il se traduit par de fausses diarrhées glaireuses, alternance avec une constipation et une masse au toucher rectal.
Une parasitose : elle est caractérisée par la présence d’une parasitose aux examens des selles.
Des effets indésirables des médicaments tels que les laxatifs, les antibiotiques, les hypoglycémiants, les metformines, les antitumoraux, les antiinflammatoires non stéroïdiens, la diacéréine, les inhibiteurs de la pompe à proton, les antihistaminiques H2, les anticholinestérasiques, les antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, le magnésium ou le fer.
Une surdose en médicament comme colchicine, digoxine, lévothyroxine, lithium ou méthotrexate.
Pour prévenir la diarrhée aigüe bénigne chez l’adulte, il est conseillé de suivre plusieurs recommandations :
Réduire la transmission en lavant les mains au savon, sinon au gel hydroalcoolique. Il est à noter que le port de gants ne dispense pas du lavage des mains.
Désinfecter les surfaces, les poignées de porte et les toilettes.
Laver les vêtements et le linge de lit à haute température.
Éviter aux malades de préparer les repas.
Bien laver les aliments et respecter la chaîne du froid.