Cholestase gravidique
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Les démangeaisons au niveau du ventre sont fréquentes durant la grossesse. Lorsqu’elles s’étendent sur tout le corps, elles peuvent traduire un déséquilibre hépatique. On parle en médecine de cholestase gravidique. Pouvant être dangereuse pour le fœtus, elle doit être diagnostiquée et traitée. Dans cet article, découvrez la conduite à tenir en cas de cholestase gravidique.
La cholestase gravidique ou cholestase intrahépatique de la grossesse est un trouble hépatique qui se développe pendant la grossesse. Il s’agit d’une rétention de bile dans le foie de la maman.
La cholestase intrahépatique de la grossesse est liée à l’altération du métabolisme de la progestérone. Ce qui entraîne une grande quantité de métabolites. Ces derniers saturent les transporteurs d’acides biliaires.
C’est encore une pathologie mal comprise. Néanmoins, quelques facteurs de risque ont pu être identifiés :
susceptibilité génétique ;
facteurs environnementaux ;
influence hormonale, notamment en cas d’exposition à la progestérone, orale ou vaginale.
Ce trouble hépatique concerne moins de 2% des grossesses.
Les symptômes de la cholestase gravidique apparaissent habituellement au troisième trimestre de la grossesse.
La plupart du temps, il s’agit de démangeaisons d’intensité variable. Ils débutent au niveau des paumes des mains et des plantes des pieds. Son intensité évolue selon le stade de la maladie.
Stade 0 : absent.
Stade 1 : non-quotidien.
Stade 2 : moins de 50 % du temps.
Stade 3 : plus de 50 % du temps.
Stade 4 : permanent
Lors d’un examen clinique, le médecin n’observe aucune lésion de peau spécifique chez la maman. Il vérifiera simplement que la patiente sent toujours bouger son bébé et utilisera le doptone pour ausculter la fréquence cardiaque du bébé.
Examens biologiques
Analyse sanguine
Le diagnostic de cette pathologie hépatique repose sur une prise de sang à jeun.
Cette prise de sang permet de remarquer un dysfonctionnement du foie (ASAT-ALAT-GGT-PAL-BL-BC).
L’analyse du sang permet également de rechercher systématiquement les virus qui provoquent des atteintes hépatiques, comme le VHB (virus de l’hépatite B), le VHC (virus de l’hépatite C) et le CMV (cytomégalovirus).
En cas de contexte évocateur, on recherchera aussi le VHA (virus de l’hépatite A), le HSV (virus herpès simplex) et l’EBV (Epstein-Barr virus).
La prise de sang est complétée par un dosage de la concentration des acides biliaires sériques.
Concentration inférieure à 10 µmoles/L: normale.
Concentration entre 10 et 40 µmoles/L: modérée.
Concentration supérieure à 40 µmoles/L: sévère.
Analyse urinaire
On effectue un examen des urines à titre systématique
Échographie obstétricale
L’échographie obstétricale permet de surveiller la vitalité fœtale.
Au besoin, il est complété par un électrocardiotoctogramme pour s'assurer que le bébé va bien.
Enfin, une échographie du foie de la maman peut être demandé pour compléter le bilan et s'assurer que les canaux ne sont pas bouchés.
Le pharmacien et la sage femme sont à même de conseiller et d'orienter si besoin. Pour le diagnostic, un médecin généraliste ou un gynécologue sera nécessaire. En cas de complication, se rapprocher directement des urgences gynécologiques.
Pour calmer les démangeaisons, se gratter avec la paume de la main plutôt qu’avec les ongles. Cela limite l’effraction cutanée.
Appliquer du froid sur la zone irritée (eau froide, compresse humide).
Si cela ne suffit pas, on utilisera l’acide ursodésoxycolique (DELURSAN, URSOLVAN). Il réduit les démangeaisons maternelles. Par contre il n'a aucun effet sur les conséquences néfastes de la cholestase sur la grossesse. La dose est de 10 à 20 mg/kg/jour.
On peut également avoir recours aux antihistaminiques comme la cétirizine et la loratadine. Il y a peu d’études à leur sujet. Toutefois, la cétrizine semble causer le moins d’effets indésirables.
Jusqu’à présent, il n’y a pas de traitement d’efficacité prouvée pour soigner cette maladie hépatique. Il existe tout de même certains médicaments dont les bénéfices restent incertains.
S-adénosylméthionine (SAMe) : il est censé détoxifier les acides biliaires.
La gomme de guar : elle est censée fixer les acides biliaires dans l’intestin.
Le charbon actif : il est supposé fixer les acides biliaires dans l’intestin.
La dexaméthasone : c’est un agent censé réduire la production d’acide biliaire.
La cholestyramine : elle doit fixer les acides biliaires dans l’intestin.
Il existe également des plantes médicinales chinoises dont l’efficacité reste à prouver :
la décoction de yinchenghao (YCHD) ;
le Danxiolong (DXLP) ;
la Salvia ;
le Yiganling : seule ou en combinaison (pas de données probantes).
En cas de cholestase gravidique, il est possible que le bébé soit en détresse respiratoire. Il faut ainsi le surveiller attentivement à la naissance.
Après l’accouchement, les démangeaisons maternelles disparaissent en quelques jours.
Il faudra recontrôler le bilan hépatique à 3 mois. S’il est normal, la reprise de contraception est possible. Autrement, un avis hépatologique est indispensable.
Pour lutter contre les complications de la cholestase gravidique, l’accouchement doit avoir lieu entre 36 et 38 semaines d'aménorrhée, selon la sévérité de la cholestase et surtout s’il y a une souffrance fœtale.
Enfin, on aura parfois recours à une supplémentation de 10 à 20 mg de vitamine K1 pour éviter les hémorragies.